—Pas à peu près... Exactement... Vite... Combien?
—Dix millions, alors!
—All right... voici un chèque de quatre millions... Quand vous aurez besoin du reste... vous câblerez! Le 4 mai, hein?... Soyez exact... Au revoir!
Et von B... me dit:
—Ici, ils n'en sont pas encore là... mais ils y viennent... Je crois d'ailleurs que, malgré les mœurs particulières à chaque pays, les manies que donne l'argent sont partout les mêmes... Il y a une sorte d'uniforme moral que portent tous les spéculateurs milliardaires.
Le luxe extravagant de ces maisons m'étonna. Je garderai longtemps, entre autres souvenirs le souvenir de certains plafonds où toute l'École de Düsseldorf s'est réunie pou accumuler les plus invraisemblables horreurs... Car il y a toujours une École de Düsseldorf. C'est, autant que j'ai pu comprendre, une collectivité, une espèce de syndicat de peintres, dont on ne connaît pas les noms, et qui s'acharnent aux plus singuliers travaux, dans les hôtels de la ville et les châteaux des environs... Si vous demandez:
—De qui est ce tableau?... ce plafond?... cette grande fresque?
On vous répondra invariablement:
—C'est de l'École de Düsseldorf...
Dans le cabinet d'un gros métallurgiste, j'ai vu un portrait de Bismarck, en général, casqué, botté, immense, énorme, avec des reflets mauves, des reflets jaunes, des reflets verts, roses, lilas, plaqués, maçonnés sur la figure, la tunique, le casque et les bottes... Et le vieux Bismarck arrivait ainsi à ressembler étonnamment à cette jolie Madame Roger-Jourdain, dont Albert Besnard fit un portrait si frissonnant...