Je mis un temps, comme à la Comédie, et:
—C'était un garçon intelligent... déclarai-je, sur un ton d'oraison funèbre.
Elles se récrièrent... J'insistai bravement:
—Je vous assure... intelligent... très intelligent... Tenez, c'est peut-être Bourget qui a le mieux senti Balzac... qui en a le mieux parlé... Il était très jeune, alors... et charmant... Il avait une certaine générosité d'esprit... sauf que, déjà, il n'aimait pas les pauvres... Oh! il avait les pauvres en horreur... Il ne les trouvait pas dignes de la littérature... ni de l'humanité... Étant plus jeune que moi, il me protégeait, m'éduquait, me tenait en garde contre ce qu'il appelait les emballements un peu trop naïfs, un peu trop grossiers aussi de ma nature... Un jour que nous remontions les Champs-Élysées, il me dit: «Laissez donc les pauvres... ils sont inesthétiques... ils ne mènent à rien.» Et, me montrant les beaux hôtels qui, de chaque côté, bordent l'avenue: «Voilà, cher ami... C'est là!...» Ah! si j'avais su profiter de ses leçons... Enfin, il était charmant... Depuis, la vie, n'est-ce pas?... toutes sortes d'ambitions...
—Il est si ennuyeux!... s'écria une dame, avec une conviction qui nous fit tous éclater de rire...
—Enfin, comment est-il?... demanda une autre dame... Est-il vrai que les femmes françaises raffolent de lui? Je ne puis le croire...
—Mon Dieu!... elles ont peut-être raffolé de lui, autrefois. Oh! autrefois... Tout est possible. Il le croyait, d'ailleurs... Mais Bourget a cru à tant de choses... auxquelles il ne croyait pas!... Maintenant, il est gras, un peu bouffi, et il est très, très vieux... Il ne flirte plus guère qu'avec Joseph de Maistre M. de Donald, la monarchie, le pape...
—Pauvre garçon!... gémit la dame, avec une voix et une mine également compatissantes.
—Ne le plaignez pas... Il y a là aussi des dessous à chiffonner... Il est vrai que ce ne sont plus ceux de la dame au corset noir.
Un souvenir, alors, me revint: