Il désignait lui-même, parmi les arbres, les plus hauts de tronc, ceux qui avaient poussé droits et lisses comme des colonnes de temple. C'était une folie de destruction criminelle et bête, une joie de brute, chaque fois que les arbres s'abattaient les uns sur les autres dans un grand fracas. La futaie s'éclaircissait: on eût dit qu'elle avait été fauchée par une gigantesque et surnaturelle faux. Deux hommes furent tués par la chute d'un chêne.

—Hardi les enfants!

Et les quelques arbres restés debout, farouches au milieu des troncs écrasés, couchés à terre, et des branches tordues qui se dressaient vers eux pareilles à des bras suppliants, montraient de larges blessures, des entailles profondes et rouges, par où la sève pleurait.

Le conservateur des forêts, prévenu par un garde, accourut de Senonches et, d'un œil navré, constata cette inutile dévastation. J'étais près du général, quand il l'aborda respectueusement, le képi à la main.

-Pardon, mon général, dit-il ... que vous abattiez des arbres sur les bordures des routes, que vous barricadiez les lignes, je le comprends.... Mais que vous rasiez le cœur des futaies, cela me semble un peu....

Mais le général l'interrompit.

—Hein? quoi? cela vous semble?... qu'est-ce que vous fichez ici, vous?... Je fais ce qui me plaît.... Est-ce vous qui commandez ou moi?

—Mais enfin ... balbutia le forestier.

—Il n'y a pas de mais enfin, Monsieur.... Et vous m'embêtez, c'est clair ça!... Et vous savez, rentrez vite à Senonches ou je vous fais fourrer au bloc.... Hardi les enfants!

Le général tourna le dos au fonctionnaire ahuri, et partit, en chassant devant lui, du bout de sa canne, des feuilles mortes et des brindilles de bois.