—Toc, toc, toc

Et, en même temps, dans l'entre-bâillement de la porte, une petite capote de loutre se montra, puis deux yeux souriants, sous une voilette, puis un long manteau de fourrure, qui dessinait un corps mince de jeune femme.

—Je ne vous dérange pas?... On peut entrer?

Le peintre Lirat leva la tête.

—Ah! c'est vous, Madame! dit-il d'un ton bref, presque irrité, en secouant ses mains salies de pastel ... mais oui, certainement.... Entrez donc!

Il quitta son chevalet, offrit un siège.

—Charles va bien? demanda-t-il.

—Très bien, je vous remercie.

Elle s'assit, toujours souriante, et son sourire vraiment était charmant et triste. Quoique voilés de gaze, ses yeux clairs, d'un bleu rose, ses yeux très grands qui l'illuminaient toute, me parurent d'une douceur infinie.... Elle était mise fort élégamment, sans recherches prétentieuses. Un peu trop parfumée pourtant.... Il y eut un moment de silence.

L'atelier du peintre Lirat, situé dans une cité tranquille du faubourg Saint-Honoré, la cité Rodrigues, était une vaste pièce nue, aux murs gris, aux charpentes visibles, sans meubles. Lirat l'appelait familièrement «son hangar». Un hangar, en effet, où la bise soufflait, où la pluie tombait du toit par de petites crevasses. Deux longues tables, en bois blanc, supportaient des boîtes de pastel, des cahiers, des blocs, des manches d'éventails, des albums japonais, des moulages, un fouillis d'objets inutiles et bizarres. Près d'une armoire-bibliothèque, tapissée de vieux journaux, dans un coin, beaucoup de cartons, de toiles, d'études qui montraient le châssis. Un divan fort délabré, rendant des sons de piano désaccordé, dès qu'on faisait mine de s'y asseoir; deux fauteuils bancroches, une glace sans cadre, constituaient le seul luxe de l'atelier, qu'un jour très vibrant éclairait. L'hiver, quand il avait modèle, Lirat allumait son petit poêle de fonte, dont le tuyau coupé d'angles brusques, maintenu par des fils de fer et couvert de rouille, zigzaguait au milieu de la pièce, avant de se perdre, par un trou trop large, dans le toit. Hormis ces jours-là, même par les plus grands froids, il remplaçait le feu du poêle par une vieille pelisse d'astrakan, usée, pelée, galeuse, qu'il endossait, chaque fois, avec une ostentation manifeste. Lirat avait la vanité—une vanité enfantine—de cet atelier pauvre, et il séparait de sa nudité, comme les autres peintres de leurs peluches brodées et de leurs tapisseries invariablement historiques. Même, il l'eût désiré plus misérable encore, il en voulait au plancher de n'être pas en terre battue. «C'est à mon atelier que je reconnais les vrais amis, disait-il souvent; ceux-ci reviennent, les autres ne reviennent pas. C'est très commode.» Il en revenait fort peu.