La jeune femme était joliment assise sur sa chaise, le buste à peine incliné en avant, les mains enfouies dans son manchon; de temps en temps, elle en retirait un mouchoir brodé qu'elle portait, d'un geste lent, à sa bouche que je ne voyais pas, à cause de la bordure plus épaisse de la voilette qui la cachait, mais que je devinais très belle, très rouge, d'une courbe exquise. De toute sa personne, élégante et fine, d'où, malgré le sourire qui la rendait si séduisante, se dégageait un grand air de décence et même de hauteur, je ne distinguais bien que ces admirables yeux, qui se posaient sur les objets, comme des rayons d'astre, et je suivais ce regard qui allait du plancher aux charpentes, si vibrant de clartés et de caresses. Le silence continuait, inquiétant. Je pensai que moi seul étais la cause de cette gêne et je me disposais à prendre congé, quand Lirat s'écria:
—Ah! pardon!... J'avais oublié.... Chère madame, permettez-moi de vous présenter M. Jean Mintié, mon ami.
Elle me salua d'un gracieux et câlin mouvement de tête et, d'une voix très douce, qui me remua délicieusement, elle dit:
—Enchantée, Monsieur ... mais, je vous connais beaucoup.
Pendant que, très rouge, je balbutiais quelques paroles confuses et bêtes, Lirat, narquois, intervint.
—Vous n'allez peut-être pas lui faire croire que vous avez lu son livre?
—Je vous demande pardon, M. Lirat.... Je l'ai lu.... Il est très bien.
—Oui, comme mon atelier et comme ma peinture, n'est-ce pas?
—Ah! non, par exemple!
Elle dit cela franchement, d'un rire qui s'éparpilla dans la pièce, ainsi qu'un égosillement d'oiseau.