Ce rire m'avait déplu. Bien que le timbre en fût sonore et hardi, il tintait faux. Je ne le trouvais pas en harmonie avec l'expression si délicatement triste de cette physionomie, et puis, il me blessait à l'égal d'une insulte, dans mon admiration pour le génie de Lirat. Je ne sais pourquoi, il m'eût été doux qu'elle s'enthousiasmât pour ce grand artiste méconnu; qu'elle montrât, à cette minute même, un jugement hautain, des sensations supérieures à celles des autres femmes. En revanche, les façons méprisantes du peintre, son ton d'amère hostilité me choquèrent vivement, je lui en voulais de cette impolitesse affectée, de ce parti pris de grossièreté gamine qui le diminuaient à mes yeux, il me semblait. J'étais mécontent et très gêné. J'essayai de parler de choses indifférentes; il ne me vint à l'esprit aucune idée de conversation.
La jeune femme s'était levée. Elle fit quelques pas dans l'atelier, s'arrêta devant les études entassées l'une sur l'autre, en examina deux ou trois d'un air de dégoût.
—Mon Dieu! monsieur Lirat, dit-elle, pourquoi vous obstinez-vous à peindre des femmes aussi laides, aussi drôlement bâties?
—Si je vous le disais, répliqua Lirat, vous ne comprendriez pas.
—Merci!... Et quand faites-vous mon portrait?
—Il faut demander ça à M. Jacquet, ou bien au photographe.
—Monsieur Lirat?
—Madame!
—Savez-vous pourquoi je suis venue?
—Pour me débiter des tendresses, je suppose.