—Et je voudrais aussi… quand je serai morte… je voudrais que l'on mît dans mon cercueil des parfums très forts… des fleurs de thalictre… et des images de péché… de belles images, ardentes et nues, comme celles qui ornent les nattes de ma chambre… Ou bien… je voudrais… être ensevelie… sans robes et sans suaire, dans les cryptes du temple d'Élephanta… avec toutes ces étranges bacchantes de pierre… qui se caressent et se déchirent… de si furieuses luxures… Ah! mon chéri… Je voudrais… je voudrais être morte, déjà!

Et, brusquement:

—Quand on est morte… est-ce que les pieds touchent le bois du cercueil?…

—Clara!… implorai-je… Pourquoi toujours parler de la mort?… Et tu veux que je ne sois pas triste? Je t'en prie… ne me rends pas fou tout à fait… Abandonne ces vilaines idées qui me torturent… et rentrons… Par pitié, ma chère Clara, rentrons.

Elle n'écoutait pas ma prière et elle continuait sur un ton de mélopée dont je ne savais pas… non, en vérité, je ne savais pas si c'était de l'émotion ou de l'ironie, des larmes nerveuses ou du rire grimaçant.

—Si tu es près de moi… quand je mourrai… cher petit cœur… écoute bien!… Tu mettras… c'est cela… tu mettras un joli coussin de soie jaune entre mes pauvres petits pieds et le bois du cercueil… Et puis… tu tueras mon beau chien du Laos… et tu l'allongeras, tout sanglant, contre moi… comme il a coutume de s'allonger lui-même, tu sais, avec une patte sur ma cuisse et une autre patte sur mon sein… Et puis… longtemps… longtemps… tu m'embrasseras, cher amour, sur les dents… et dans les cheveux… Et tu me diras des choses… des choses si jolies… et qui bercent et qui brûlent… des choses comme quand tu m'aimes… Pas, tu veux, mon chéri?… Tu me promets?… Voyons, ne fais pas cette figure d'enterrement… Ce n'est pas de mourir, qui est triste… c'est de vivre quand on n'est pas heureux… Jure! jure que tu me promets!…

—Clara! Clara!… je t'en supplie!… Tais-toi…

J'étais, sans doute, à bout de nerfs… Un flot de larmes jaillit de mes yeux… Je n'aurais pas pu dire la raison de ces larmes qui n'étaient pas très douloureuses, où j'éprouvais, au contraire, comme un soulagement, une détente… Et Clara s'y trompa, en se les attribuant. Ce n'était pas sur elle que je pleurais, ni sur son péché, ni sur la pitié que m'inspirait sa pauvre âme malade, ni sur l'évocation qu'elle venait de faire de sa mort… C'était, peut-être, sur moi seul que je pleurais, sur ma présence dans ce jardin, sur cet amour maudit où je sentais que tout ce qu'il y avait en moi, maintenant, d'élans généreux, de désirs hautains, d'ambitions nobles, se profanait au souffle impur de ces baisers dont j'avais honte, dont j'avais soif aussi?… Eh bien, non!… Et pourquoi me mentir à moi-même?… Larmes toutes physiques… larmes de faiblesse, de fatigue et de fièvre, larmes d'énervement devant des spectacles trop durs pour ma sensibilité déprimée, devant des odeurs trop fortes pour mon odorat, devant les continuelles sautes, de l'impuissance à l'exaspération, de mes désirs charnels… larmes de femme… larmes de rien!…

Certaine que c'était d'elle, d'elle morte… d'elle allongée dans le cercueil que je pleurais, et heureuse de son pouvoir sur moi, Clara se fit délicieusement câline.

—Pauvre mignon!… soupira-t-elle… Tu pleures!… Eh bien, alors, dis tout de suite que le gros patapouf avait l'air bon enfant… Dis-le, pour me faire plaisir… et je me tairai… et plus jamais je ne parlerai de la mort… plus jamais… Allons!… tout de suite… dites-le… petit cochon…