Clara répondit d'une voix saccadée et qui tremblait un peu:

—Où tu voudras… n'importe où… sur le fleuve… Tu le sais bien…

J'observai alors qu'elle était très pâle. Ses narines pincées, ses traits tirés, ses yeux vagues exprimaient de la souffrance… La Chinoise hocha la tête.

—Oui!… oui… je sais… fit-elle.

Elle avait de grosses lèvres rongées par le bétel, de la dureté bestiale dans le regard. Comme elle grommelait encore des mots que je ne compris pas:

—Allons, Ki-Paï, ordonna Clara, d'un ton bref, tais-toi!… et fais ce que je te dis… D'ailleurs, les portes de la ville sont fermées…

—Les portes du jardin sont ouvertes…

—Fais ce que je dis.

Lâchant l'amarre, la Chinoise, d'un mouvement robuste, empoigna la godille qu'elle manœuvra avec une souple adresse… Et nous glissâmes sur l'eau.

La nuit était très douce. Nous respirions un air tiède, mais infiniment léger… L'eau chantait à la pointe du sampang… Et l'aspect du fleuve était celui d'une grande fête.