Puis, de temps en temps, interrompant son gazouillement, elle me serrait la main, plus fort, appuyait, pelotonnait sa tête contre la mienne, et elle disait, avec plus d'accent:
—Oh! mon chéri!… plus jamais, je te le jure!… Plus jamais, plus jamais… plus jamais!…
Ki-Paï s'était retirée, au fond de la chambre. Et, tout bas, elle chantait une chanson, une de ces chansons qui endorment et bercent le sommeil des petits enfants.
—Plus jamais… plus jamais… plus jamais!… répétait Clara, d'une voix lente, d'une voix qui allait se perdant, se fondant dans la chanson de plus en plus lente aussi de Ki-Paï.
Et elle s'endormit, contre moi, d'un sommeil calme, lumineux et lointain, et profond, comme un grand et doux lac, sous la lune d'une nuit d'été.
Ki-Paï se leva doucement, sans bruit.
—Je m'en vais! dit-elle… je m'en vais dormir dans le sampang… Demain matin, quand l'aube viendra, vous ramènerez ma maîtresse au palais… Et ce sera à recommencer!… Ce sera toujours à recommencer!
—Ne dis pas cela, Ki-Paï, suppliai-je… Et regarde-la dormir contre moi, regarde-la dormir d'un si calme et si pur sommeil, contre moi!…
La Chinoise hocha sa tête grimaçante, et elle murmura, avec des yeux tristes, où la pitié maintenant remplaçait le dégoût:
—Je la regarde dormir contre vous et je vous dis… Dans huit jours, je vous conduirai comme ce soir, tous les deux, sur le fleuve, rentrant du Jardin des supplices… Et, dans huit années encore, je vous conduirai pareillement sur le fleuve, si vous n'êtes pas parti et si je ne suis pas morte!