Et, scrupuleux, il rectifia:

—Après tout… faut-il le bien connaître, comme les champignons?… Peut-être les nègres de l'Inde se laissent-ils manger?…

—Non!… affirma l'officier anglais, d'un ton bref et catégorique qui clôtura, au milieu des rires, cette discussion culinaire, laquelle commençait à me soulever le cœur…

L'explorateur, un peu décontenancé, reprit:

—Il n'importe… malgré tous ces petits ennuis, je suis très heureux d'être reparti. En Europe, je suis malade… je ne vis pas… je ne sais où aller… Je me trouve aveuli et prisonnier dans l'Europe, comme une bête dans une cage… Impossible de faire jouer ses coudes, d'étendre les bras, d'ouvrir la bouche, sans se heurter à des préjugés stupides, à des lois imbéciles… à des mœurs iniques… L'année dernière, charmante miss, je me promenais dans un champ de blé. Avec ma canne, j'abattais les épis autour de moi… Cela m'amusait… J'ai bien le droit de faire ce qui me plaît, n'est-ce pas?… Un paysan accourut qui se mit à crier, à m'insulter, à m'ordonner de sortir de son champ… On n'a pas idée de ça!… Qu'auriez-vous fait à ma place?… Je lui assenai trois vigoureux coups de canne sur la tête… Il tomba le crâne fendu… Eh bien, devinez ce qui m'est arrivé?…

—Vous l'avez peut-être mangé? insinua, en riant, Clara…

—Non… on m'a traîné devant je ne sais quels juges qui me condamnèrent à deux mois de prison et dix mille francs de dommages et intérêts… Pour un sale paysan!… Et on appelle ça de la civilisation!… Est-ce croyable?… Eh bien, merci! s'il avait fallu que je fusse, en Afrique, condamné de la sorte, chaque fois que j'ai tué des nègres, et même des blancs!…

—Car vous tuiez aussi les nègres?… fit Clara.

—Certainement, oui, adorable miss!…

—Pourquoi, puisque vous ne les mangiez pas?