—Est-ce que je sais, moi?…

Le bonhomme se frotta les mains, sourit affreusement, et il reprit:

—Vous introduisez une tige de fer, rougie au feu d'une forge… d'une forge portative qui est là, près de vous… Et, quand la tige de fer est introduite, que se passe-t-il?… Ah! ah! ah!… Imaginez vous-même ce qui doit se passer, milady?…

—Mais allez donc, vieux bavard!… ordonna mon amie dont les petits pieds colères trépignaient le sable de l'allée…

—Là!… là!… calma le prolixe tourmenteur… Un peu de patience, milady… Et procédons avec méthode, s'il vous plaît… Donc, vous introduisez, dans le trou du pot, une tige de fer, rougie au feu d'une forge… Le rat veut fuir la brûlure de la tige et son éclaboussante lumière… Il s'affole, cabriole, saute et bondit, tourne sur les parois du pot, rampe et galope sur les fesses de l'homme, qu'il chatouille d'abord et qu'ensuite il déchire de ses pattes, et mord de ses dents aiguës… cherchant une issue, à travers les chairs fouillées et sanglantes… Mais, il n'y a pas d'issue… ou, du moins, dans les premières minutes de l'affolement, le rat ne trouve pas d'issue… Et la tige de fer, manœuvrée avec habileté et lenteur, se rapproche toujours du rat… le menace… lui roussit le poil… Que dites-vous de ce prélude?

Il respira, quelques secondes, et, posément, avec autorité, il enseigna:

—Le grand mérite, en ceci, est qu'il faut savoir prolonger cette opération initiale le plus qu'on peut, car les lois de la physiologie nous apprennent qu'il n'est rien de plus horrible que la combinaison sur une chair humaine des chatouillements et des morsures… Il peut même arriver que le patient en devienne fou… Il hurle et se démène… son corps, resté libre dans l'intervalle des colliers de fer, palpite, se soulève, se tord, secoué par de douloureux frissons… Mais les membres sont maintenus solidement par les chaînes… le pot, par les courroies… Et les mouvements du condamné ne font qu'augmenter la fureur du rat, à laquelle, bientôt, vient s'ajouter la griserie du sang… C'est sublime, milady!…

—Et enfin?… fit, d'une voix brève et tremblée, Clara qui avait légèrement pâli.

Le bourreau claqua de la langue et il poursuivit:

—Enfin—car je vois que vous êtes pressée de connaître le dénouement de cette admirable et joviale histoire—enfin… sous la menace de la tige rougie et grâce à l'excitation de quelques brûlures opportunes, le rat finit par trouver une issue… une issue naturelle, milady… et combien ignoble!… Ah!… ah!… ah!…