—Un chef-d'œuvre, milady… un pur chef-d'œuvre!… affirma d'une voix retentissante le gros homme dont le corps flasque se tassa davantage dans l'herbe.

—J'entends bien… mais encore?

—Un chef-d'œuvre, en vérité!… Et vous voyez… vous ne le connaissez point… personne ne le connaît… Quelle pitié!… Comment voulez-vous que je ne sois pas humilié?…

—Pouvez-vous nous le décrire?…

—Si je le puis?… Mais parfaitement oui, je le puis… Je vais vous l'expliquer, et vous jugerez… Suivez-moi bien…

Et le gros homme, avec des gestes précis qui dessinaient, dans l'air, des formes, parla ainsi:

—Vous prenez un condamné, charmante milady, un condamné, ou tout autre personnage,—car il n'est pas nécessaire, pour la réussite de mon supplice, que le patient soit condamné à n'importe quoi—vous prenez un homme, autant que possible, jeune, fort, et dont les muscles soient bien résistants… en vertu de ce principe que plus il y a force, plus il y a lutte, plus il y a lutte, plus il y a douleur!… Bon… Vous le déshabillez… Bon… Et, quand il est tout nu—n'est-ce pas, milady?—vous le faites s'agenouiller, le dos courbé, sur la terre, où vous le maintenez par des chaînes, rivées à des colliers de fer qui lui serrent la nuque, les poignets, les jarrets et les chevilles… Bon! je ne sais si je me fais bien comprendre?… Vous mettez alors, dans un grand pot percé, au fond, d'un petit trou—un pot de fleurs, milady!—vous mettez un très gros rat, qu'il convient d'avoir privé de nourriture, pendant deux jours, afin d'exciter sa férocité… Et ce pot, habité par ce rat, vous l'appliquez hermétiquement, comme une énorme ventouse, sur les fesses du condamné, au moyen de solides courroies, attachées à une ceinture de cuir, qui lui entoure les reins… Ah! ah! ça se dessine!…

Il nous regarda, malicieusement, du coin de ses paupières rabattues, afin de juger de l'effet que ses paroles produisaient sur nous…

—Et alors?… fit Clara, simplement.

—Alors, milady, vous introduisez, dans le petit trou du pot—devinez quoi?