Ç'a été toute l'oraison funèbre du pauvre animal.
Le capitaine me raconte aussi que l'autre semaine, sous un tas de fagots, il a capturé un hérisson. Il est en train de l'apprivoiser... Il l'appelle Bourbaki... Ça, c'est une idée!... Une bête intelligente, farceuse, extraordinaire et qui mange de tout!...
—Ma foi oui!... s'exclame-t-il... Dans la même journée, ce sacré hérisson a mangé du beefsteack, du haricot de mouton, du lard salé, du fromage de gruyère, des confitures... Il est épatant... on ne peut pas le rassasier... il est comme moi... il mange de tout!...
A ce moment, le petit domestique passe dans l'allée, charriant dans une brouette des pierres, de vieilles boîtes de sardines, un tas de débris, qu'il va porter au trou à ordures...
—Viens ici!... hèle le capitaine...
Et, comme sur son interrogation, je lui dis que Monsieur est à la chasse, Madame en ville, et Joseph en course, il prend dans la brouette chacune de ces pierres, chacun de ces débris, et, l'un après l'autre, il les lance dans le jardin, en criant très fort:
—Tiens, cochon!... Tiens, misérable!...
Les pierres volent, les débris tombent sur une planche fraîchement travaillée, où, la veille, Joseph avait semé des pois.
—Et allez donc!... Et ça encore!... Et encore, par-dessus le marché!...
La planche est bientôt couverte de débris et saccagée... La joie du capitaine s'exprime par une sorte de ululement et des gestes désordonnés... Puis retroussant sa vieille moustache grise, il me dit, d'un air conquérant et paillard: