Brusquement, je dis à Joseph, sans un autre motif que la curiosité:
—Savez-vous, Joseph, qu'on a trouvé dans la forêt la petite Claire assassinée et violée?
Tout d'abord, Joseph ne peut réprimer un mouvement de surprise—est-ce bien de la surprise?... Si rapide, si furtif qu'ait été ce mouvement, il me semble qu'au nom de la petite Claire il a eu comme une étrange secousse, comme un frisson... Il se remet très vite.
—Oui, dit-il d'une voix ferme... je sais.. On m'a conté ça, au pays, ce matin...
Il est maintenant indifférent et placide. Il frotte ses harnais avec un gros torchon noir, méthodiquement. J'admire la musculature de ses bras nus, l'harmonieuse et puissante souplesse de ses biceps... la blancheur de sa peau. Je ne vois pas ses yeux sous les paupières rabaissées, ses yeux obstinément fixés sur son ouvrage. Mais je vois sa bouche... toute sa bouche large... son énorme mâchoire de bête cruelle et sensuelle... Et j'ai comme une étreinte légère au coeur... Je lui demande encore:
—Sait-on qui a fait le coup?...
Joseph hausse les épaules... Moitié railleur, moitié sérieux, il répond:
—Quelques vagabonds, sans doute... quelques sales youpins...
Puis, après un court silence:
—Puuutt!... Vous verrez qu'on ne les pincera pas... Les magistrats, c'est tous des vendus.