Il replace sur leurs selles les harnais terminés, et désignant le portrait de Drumont, dans son apothéose de laurier-sauce, il ajoute:

—Si on avait celui-là?... Ah! malheur!

Je ne sais pourquoi, par exemple, je l'ai quitté, l'âme envahie par un singulier malaise...

Enfin, avec cette histoire, on va donc avoir de quoi parler et se distraire un peu...

Quelquefois, quand Madame est sortie et que je m'ennuie trop, je vais à la grille sur le chemin où Mlle Rose vient me retrouver... Toujours en observation, rien ne lui échappe de ce qui se passe chez nous, de ce qui y entre ou en sort. Elle est plus rouge, plus grasse, plus molle que jamais. Les lippes de sa bouche pendent davantage, son corsage ne parvient plus à contenir les houles déferlantes de ses seins... Et de plus en plus elle est hantée d'idées obscènes... Elle ne voit que ça, ne pense qu'à ça... ne vit que pour ça... Chaque fois que nous nous rencontrons, son premier regard est pour mon ventre, sa première parole pour me dire sur ce ton gras qu'elle a:

—Rappelez-vous ce que je vous ai recommandé... Dès que vous vous apercevrez de ça, allez tout de suite chez Mme Gouin... tout de suite.

C'est une véritable obsession, une manie... Un peu agacée, je réplique:

—Mais pourquoi voulez-vous que je m'aperçoive de ça?... Je ne connais personne ici.

—Ah! fait-elle... c'est si vite arrivé, un malheur... Un moment d'oubli... bien naturel... et ça y est... Des fois, on ne sait pas comment ça s'arrive... J'en ai bien vu, allez, qui étaient comme vous... sûres de ne rien avoir... et puis ça y était tout de même... Mais avec Mme Gouin on peut être tranquille... C'est une vraie bénédiction pour un pays qu'une femme aussi savante...

Et elle s'anime, hideuse, toute sa grosse chair soulevée de basse volupté.