Et comme s'il eût craint d'avoir trop parlé, il ajouta:
—Je vous dis ça... Célestine... parce que vous êtes une bonne femme... une femme d'ordre... et que j'ai confiance en vous... C'est entre nous, dites?...
Après un silence:
—Quelle bonne idée que vous soyez venue ici, ce soir... remercia-t-il... C'est gentil... ça me flatte...
Jamais je ne l'avais vu aussi aimable, aussi causant... Je me penchai sur la petite table, tout près de lui, et, remuant les graines triées dans une assiette, je répondis avec coquetterie:
—C'est vrai aussi... vous êtes parti, tout de suite, après le dîner. On n'a pas eu le temps de tailler une bavette... Voulez-vous que je vous aide à éplucher vos graines?
—Merci, Célestine... C'est fini...
Il se gratta la tête:
—Sacristi!... fit-il, ennuyé... je devrais aller voir aux châssis... Les mulots ne me laissent pas une salade, ces vermines-là... Et puis, ma foi, non... faut que je vous cause, Célestine...
Joseph se leva, referma la porte qui était restée entr'ouverte, m'entraîna au fond de la sellerie. J'eus peur, une minute... La petite Claire, que j'avais oubliée, m'apparut sur la bruyère de la forêt, affreusement pâle et sanglante... Mais les regards de Joseph n'étaient pas méchants; ils semblaient plutôt timides... On se voyait à peine dans cette pièce sombre qu'éclairait, d'une clarté trouble et sinistre, la lueur sourde de la lanterne... Jusque-là, la voix de Joseph avait tremblé. Elle prit soudain de l'assurance, presque de la gravité.