—Non pas un petit!... réclame-t-il orgueilleusement... un gros... un très gros... foutre!... Et puis... il y a autre chose... Il faut que je vous le dise...

Il se penche vers la haie, tend le col... Ses yeux s'injectent de sang. Et d'une voix plus basse il dit:

—Si vous veniez, chez moi, Célestine... eh bien...

—Eh bien, quoi?...

—Eh bien, les Lanlaire crèveraient de fureur, ah!... Ça, c'est une idée!

Je me tais et fais semblant de rêver à des choses profondes... Le capitaine s'impatiente... s'énerve... Il creuse le sable de l'allée, sous le talon de ses chaussures:

—Voyons, Célestine... Trente-cinq francs par mois... la table du maître... la chambre du maître, foutre!... un testament... Ça vous va-t-il?... Répondez-moi...

—Nous verrons plus tard... Mais prenez en une autre, en attendant, foutre!...

Et je me sauve pour ne pas lui souffler dans la figure la tempête de rires qui gronde en ma gorge.

Je n'ai donc que l'embarras du choix... Le capitaine ou Joseph?... Vivre à l'état de servante maîtresse avec tous les aléas qu'un tel état comporte, c'est-à-dire rester encore à la merci d'un homme stupide, grossier, changeant, et sous la dépendance de mille circonstances fâcheuses et de mille préjugés?... Ou bien me marier et acquérir ainsi une sorte de liberté régulière et respectée, dans une situation exempte du contrôle des autres, libérée du caprice des événements?... Voilà enfin une partie de mon rêve qui se réalise...