Joseph s'arrête enfin de marcher et, fixant sur moi des yeux profonds... et encore méfiants... et pourtant plus tendres:
—Ça n'est pas ça, Célestine... dit-il lentement... ne s'agit pas de ça... Je ne vous empêche pas de réfléchir, moi... Parbleu!... réfléchissez... Nous avons le temps... et j'en recauserons, à mon retour... Mais ce que je n'aime pas, voyez-vous... c'est qu'on soit trop curieuse... Il y a des choses qui ne regardent pas les femmes... il y a des choses...
Et il achève sa phrase dans un hochement de tête...
Après un moment de silence:
—Je n'ai pas autre chose dans la tête, Célestine... Je rêve de vous... j'ai les sangs tournés de vous... Aussi vrai que le bon Dieu existe, ce que j'ai dit une fois... je le dis toujours... J'en recauserons... Mais ne faut pas être curieuse... Vous, vous faites ce que vous faites... moi, je fais ce que je fais... Comme ça, il n'y a pas d'erreur, ni de surprise...
S'approchant de moi, il me saisit les mains:
—J'ai la tête dure, Célestine... ça, oui!... Mais ce qui est dedans, y est bien... On ne peut plus l'en retirer, après... Je rêve de vous, Célestine... de vous... dans le petit café...
Les manches de sa chemise sont retroussées, en bourrelets, jusqu'à la saignée: les muscles de ses bras, énormes, souples, huilés comme des bielles, faits pour toutes les étreintes, fonctionnent puissamment, allègrement, sous la peau blanche.. Sur les avant-bras et de chaque côté des biceps, je vois des tatouages, coeurs enflammés, poignards croisés, au dessus d'un pot de fleurs... Une odeur forte de mâle, presque de fauve, monte de sa poitrine large et bombée comme une cuirasse... Alors, grisée par cette force et par cette odeur, je m'accote au chevalet où tout à l'heure, quand je suis venue, il frottait les cuivres des harnais... Ni M. Xavier, ni M. Jean, ni tous les autres, qui étaient, pourtant, jolis et parfumés, ne m'ont produit jamais une impression aussi violente que celle qui me vient de ce presque vieillard, à crâne étroit, à face de bête cruelle... Et, l'étreignant à mon tour, tâchant de faire fléchir, sous ma main, ses muscles durs et bandés comme de l'acier:
—Joseph... lui dis-je d'une voix défaillante... il faut se mettre ensemble, tout de suite... mon petit Joseph... Moi aussi, je rêve de vous... moi aussi, j'ai les sangs tournés de vous...
Mais Joseph, grave, paternel, répond: