Toujours solennelle et digne, Mme Paulhat-Durand répondit:

—Sans doute, ce n'est pas une beauté... mais Mademoiselle est très honnête...

—C'est possible... répliqua la vieille dame... Mais elle est trop laide... Une telle laideur, c'est tout ce qu'il y a de plus désobligeant... Quoi?... Qu'avez-vous dit?

Louise n'avait pas prononcé une parole. Elle avait seulement un peu rougi, et baissait la tête. Un filet rouge bordait l'orbe de ses yeux ternes. Je crus qu'elle allait pleurer.

—Enfin... nous allons voir ça... reprit la dame dont les doigts, en ce moment, furieusement agités, déchiraient l'étoffe de la robe, avec des mouvements de bête cruelle.

Elle interrogea Louise sur sa famille, les places qu'elle avait faites, ses capacités en cuisine en ménage, en couture... Louise répondait par des «Oui, dame!», ou des: «Non, dame!», saccadés et rauques... L'interrogatoire, méticuleux, méchant, criminel, dura vingt minutes.

—Enfin, ma petite, conclut la vieille, le plus clair de votre histoire c'est que vous ne savez rien faire... Il faudra que je vous apprenne tout... Pendant quatre ou cinq mois, vous ne me serez d'aucune utilité... Et puis, laide comme vous êtes, ça n'est pas engageant... Cette entaille sur le nez?... Vous avez donc reçu un coup?

—Non, Madame... je l'ai toujours eue...

—Ah! ça n'est pas engageant... Qu'est-ce que vous voulez gagner?

—Trente francs!... blanchie... et le vin.. prononça Louise, d'une voix résolue...