—Moi, j'appelle ça de la conduite.

—Ça, quoi? fis-je.

—Voyons, Mademoiselle... Vous n'êtes pas une débutante et vous connaissez la vie... On peut parler avec vous... Il s'agit d'un monsieur seul, déjà âgé... pas extrêmement loin de Paris... très riche... oui, enfin, assez riche... Vous tiendrez sa maison... quelque chose comme gouvernante... comprenez-vous?... Ce sont des places très délicates... très recherchées... d'un grand profit... Il y a là un avenir certain, pour une femme comme vous, intelligente comme vous, gentille comme vous... et qui aurait, je le répète, de la conduite...

C'était mon ambition... Bien des fois, j'avais bâti de merveilleux avenirs sur la toquade d'un vieux... et ce paradis rêvé était là, devant moi, qui souriait, qui m'appelait!... Par une inexplicable ironie de la vie... par une contradiction imbécile et dont je ne puis comprendre la cause, ce bonheur, tant de fois souhaité et qui s'offrait, enfin... je le refusai net.

—Un vieux polisson... oh non!... je sors d'en prendre... Et ils me dégoûtent trop les hommes, les vieux, les jeunes, et tous...

Mme Paulhat-Durand resta, quelques secondes, interdite... Elle ne s'attendait pas à cette sortie... Retrouvant son air digne, austère, qui mettait tant de distance entre la bourgeoise correcte qu'elle voulait être et la fille bohème que je suis, elle dit:

—Ah! ça, Mademoiselle... que croyez-vous donc?... pour qui me prenez-vous donc?... qu'imaginez-vous donc?

—Je n'imagine rien... Seulement, je vous répète que les hommes, j'en ai plein le dos... voilà!

—Savez-vous bien de qui vous parlez?... Ce monsieur, Mademoiselle, est un homme très respectable... Il est membre de la Société de Saint-Vincent-de-Paul... Il a été député royaliste, Mademoiselle...

J'éclatai de rire: