—Madame la comtesse est bien bonne... répondit l'homme... C'est très grand... c'est très beau... Oh! c'est une superbe propriété... Par exemple, il y a du travail...
—Et je suis très exigeante, je vous préviens, très juste... mais très exigeante. J'aime que tout soit tenu dans la perfection... Et des fleurs... des fleurs... des fleurs... toujours... partout... D'ailleurs, vous avez deux aides, l'été; un seul, l'hiver... C'est suffisant...
—Oh! répliqua l'homme... le travail ne me gêne pas. Tant plus il y en a, tant plus je suis content. J'aime mon métier... et je le connais... arbres... primeurs... mosaïques et tout... Pour ce qui est des fleurs... avec de bons bras... du goût, de l'eau... un bon paillis... et, sauf votre respect, madame la comtesse... beaucoup de fumier et d'engrais, on a ce qu'on veut...
Après une pause, il continua:
—Ma femme aussi est bien active... bien adroite... et elle a de l'administration... Elle n'a pas l'air fort, à la voir... mais elle est courageuse, jamais malade, et elle s'entend aux bêtes comme personne... Là, d'où nous venons, il y avait trois vaches... et deux cents poules... Ainsi!
La comtesse fit un signe de tête approbateur.
—Le logement vous plaît?
—Le logement aussi est très beau... C'est quasiment trop grand pour de petites gens comme nous... et nous n'avons pas assez de meubles pour le meubler... Mais on n'habite que ce qu'on habite, bien sûr... Et puis, c'est loin du château... Faut ça... Les maîtres n'aiment pas quand les jardiniers sont trop près... Et nous, on craint de gêner... De cette façon on est chacun chez soi... Ça vaut mieux pour tout le monde... Seulement...
L'homme hésita pris d'une timidité soudaine, devant ce qu'il avait à dire...
—Seulement... quoi?... interrogea la comtesse, après un silence qui augmenta la gêne de l'homme.