—Un homme tout seul, n'est-ce pas?... c'est bien naturel.
Depuis cette discussion fameuse qui avait failli se terminer en coups de poing, les deux anciens amis passaient leur temps à se faire des procès et des niches... Ils se haïssaient sauvagement.
—Moi... déclara le capitaine... toutes les pierres de mon jardin, je les lance par-dessus la haie, dans celui de Lanlaire... Tant pis si elles tombent sur ses cloches et sur ses châssis... ou plutôt, tant mieux... Ah! le cochon!... Du reste, vous allez voir...
Ayant aperçu une pierre dans l'allée, il se précipita pour la ramasser, atteignit la haie avec des prudences, des rampements de trappeur, et il lança la pierre dans notre jardin de toute ses forces. On entendit un bruit de verre cassé. Triomphant, il revint ensuite vers nous, et secoué, étouffé, tordu par le rire, il chantonna:
—Encore un carreau d'cassé... v'là le vitrier qui passe...
Rose le couvait d'un regard maternel. Elle me dit, avec admiration:
—Est-il drôle!... est-il enfant!... Comme il est jeune pour son âge!...
Après que nous eûmes siroté un petit verre de noyau, le capitaine Mauger voulut me faire les honneurs du jardin... Rose s'excusa de ne pouvoir nous accompagner, à cause de son asthme, et nous recommanda de ne pas nous attarder trop longtemps...
—D'ailleurs, fit-elle, en plaisantant... je vous surveille...
Le capitaine m'emmena à travers des allées, des carrés bordés de buis, des plates-bandes remplies de fleurs. Il me nommait les plus belles, remarquant chaque fois qu'il n'y en avait pas de pareilles, chez ce cochon de Lanlaire... Tout à coup, il cueillit une petite fleur orangée, bizarre et charmante, en fit tourner la tige doucement dans ses doigts, et il me demanda: