—En avez-vous mangé?...

Je fus tellement surprise par cette question saugrenue, que je restai bouche close. Le capitaine affirma:

—Moi, j'en ai mangé... C'est parfait de goût... J'ai mangé de toutes les fleurs qui sont ici... Il y en a de bonnes... il y en a de moins bonnes... il y en a qui ne valent pas grand'chose... D'abord, moi, je mange de tout...

Il cligna de l'oeil, claqua de la langue, se tapa sur le ventre, et répéta d'une voix plus forte, où dominait l'accent d'un défi:

—Je mange de tout, moi!..

La façon dont le capitaine venait de proclamer cette étrange profession de foi me révéla que sa grande vanité, dans la vie, était de manger de tout... Je m'amusai à flatter sa manie...

—Et vous avez raison, monsieur le capitaine.

—Pour sûr... répondit-il, non sans orgueil... Et ce n'est pas seulement des plantes que je mange... c'est des bêtes aussi... des bêtes que personne n'a mangées... des bêtes qu'on ne connaît pas... Moi, je mange de tout...

Nous continuâmes notre promenade autour des planches fleuries, dans les allées étroites où se balançaient de jolies corolles, bleues, jaunes, rouges... Et, en regardant les fleurs, il me semblait que le capitaine avait au ventre de petits sursauts de joie... Sa langue passait sur ses lèvres gercées, avec un bruit menu et mouillé...

Il me dit encore.