—Et je vais vous avouer... Il n'y a pas d'insectes, pas d'oiseaux, pas de vers de terre que je n'aie mangés. J'ai mangé des putois et des couleuvres, des rats et des grillons, des chenilles... J'ai mangé de tout... On connaît ça dans le pays, allez!... Quand on trouve une bête, morte ou vivante, une bête que personne ne sait ce que c'est, on se dit: «Faut l'apporter au capitaine Mauger.»... On me l'apporte... et je la mange... L'hiver surtout, par les grands froids, il passe des oiseaux inconnus... qui viennent d'Amérique... de plus loin, peut-être... On me les apporte... et je les mange... Je parie qu'il n'y a pas, dans le monde, un homme qui ait mangé autant de choses que moi... Je mange de tout...

La promenade terminée, nous revînmes nous asseoir sous l'acacia. Et je me disposais à prendre congé, quand le capitaine s'écria:

—Ah!... il faut que je vous montre quelque chose de curieux et que vous n'avez, bien sûr, jamais vu...

Et il appela d'une voix retentissante:

—Kléber!... Kléber!...

Entre deux appels, il m'expliqua:

—Kléber... c'est mon furet... Un phénomène...

Et il appela encore:

—Kléber!... Kléber!...

Alors, sur une branche, au-dessus de nous, entre des feuilles vertes et dorées, apparurent un museau rose et deux petits yeux noirs, très vifs, joliment éveillés.