Sur le livre d'autrui!—C'est, en vérité, la première fois que j'entends ce vilain propos.

L'histoire est adorable.

Dans ce cas, je vous en prie, contez-la moi.

Volontiers,—cependant je dois vous prévenir,—elle est du ressort de la Chronique scandaleuse.

Peu importe, je serai discret.

Vous m'en donnez l'assurance?

En toute loyauté.

C'est un document de haute curiosité que je vous livre.—Je commence donc:

Vous connaissez, n'est-il pas vrai, le bonhomme en question? Grand, sec, nerveux, la face glabre et émaciée, les cheveux blonds-châtains comme du maroquin Lavallière, les yeux petits et vifs, dardant, derrière leurs lunettes, une prunelle de ce vert particulier aux bouteilles d'eau minérale; sans doute, vous l'avez vu passer maintes fois sur les quais, aux environs de l'Institut, serré dans une longue redingote noire, proprement guêtré, le chef recouvert d'un gibus mat à larges bords; presque toujours affaissé sous le faix d'une prodigieuse quantité de brochures qui lui arrondissent le bras affreusement. Le Bibliophile Z. est un de nos plus savants Hellénistes, très estimé de tout ce qui se nourrit du siècle de Périclès. C'est un spartiate littéraire, un fanatique de livres qui se ferait plutôt tuer que de manquer une seule fois la tournée bibliopolesque qu'il entreprend quotidiennement. En homme sage, il a fait camper ses desiderata dans le domaine attique, rien ne saurait le distraire de ce but; son rêve le plus vif serait de recueillir les épaves de la fameuse Bibliothèque de Coislin, en un mot, il donnerait la Bible de Mayence 1462, pour un Sophocle d'édition Aldine, Venise, 1502 ou l'Euripide en lettres majuscules.

La description est fort exacte, mais je ne vois pas...?