pour que partout voyons des Lys restoraison.
—Poésies rudes et barbares! s'écria Picolet sautant sur sa chaise. Parlez plus respectueusement, s'il vous plaît, ci-devant moine, des œuvres de nos vieux poètes! Attendez un peu que je vous lise ceci et vous allez rétracter vos blasphèmes!
—Non! non! dites-nous plutôt où vous en êtes de votre grand travail?
—Mes Origines de la poésie française avancent plus vite que votre Histoire des Conciles, monsieur le bénédictin distrait par les rumeurs de la place publique! J'entame le treizième volume, et il y en aura seize!
—Seize volumes! s'écrièrent Bigard et Valferrand; et vous avez trouvé, à l'heure actuelle, un libraire pour seize volumes sur les origines de la…
—C'est-à-dire que j'en avais un, fit tristement Picolet, mais M. de Robespierre me l'a guillotiné!… En trouverai-je jamais un autre?
—Hum!
—Et il me faut bien encore deux ans pour mener mon œuvre à bonne fin… je pourrai aller jusque-là, quelques centaines de livres en or me restent de mon petit patrimoine… Mais après, dame!… En attendant, je suis tout à la joie; tenez, voyez, admirez la trouvaille que j'ai faite en notre bonne vieille bibliothèque… Et dire que vous ne connaissiez pas ça, vous, citoyen bibliothécaire; c'est honteux, vous ignoriez votre richesse!
Le citoyen Picolet tira d'un carton un volume à la reliure en assez mauvais état.
—Hein! fit-il, ces moines! parce qu'il n'est pas question là-dedans des actes des saints ni des décisions des conciles, ils se montrent bien peu soigneux… Regardez-moi ceci, un manuscrit précieux qui moisissait avec bien d'autres au fond d'un vieux bahut!… Savez-vous ce que c'est? un manuscrit sur parchemin, 228 feuillets, enrichi de 24 grandes miniatures et de nombreuses lettres ornées… Remarquable déjà à première vue, n'est-ce pas? Et quand vous allez connaître le sujet, donc!… Le Romant de la Pucelle, tout simplement un poème sur Jeanne d'Arc, par frère Jehan Morin, moine cordelier de Compiègne, poème daté de 1435, c'est-à-dire peu après la mort de Jeanne, transcrit et enluminé en 1439 pour S. A. le duc Philippe de Bourgogne, par Perrin Flamel, écrivain et bourgeois de Paris, en la paroisse Saint-Jacques-la-Boucherie, probablement un fils de Nicolas Flamel! Que dites-vous de cela? Sept mille vers sur Jeanne d'Arc par un de ses contemporains!!!… Et cela moisissait dans un coin comme un rebut de bibliothèque! Ouvrez au hasard et voyez: