—Chut! fit Valferrand, voulez-vous me faire guillotiner? D'ailleurs le libraire qui m'avait demandé cet ouvrage s'est fait sans-culotte; il m'a proposé quelque chose plus dans le goût du jour: l'Histoire des bons bougres de citoyens romains mise en charades et logogriphes pour la récréation des jeunes sans-culottes… Et j'y travaille! Ne me blâmez pas, mes bons amis, mes premières pièces ont obtenu un certain succès et m'ont valu mon brevet de bon citoyen, c'est-à-dire cette carte de civisme sans l'obtention de laquelle j'aurais très bien pu faire partie d'une fournée de suspects!… Mais vous, citoyen Poirier, vos travaux?

—Vont cahin-caha. Au milieu de tous ces déplorables événements, mon cher chevalier, mon Histoire des Conciles n'avance que bien faiblement… toutes les perquisitions faites à l'Abbaye, les inventaires, recolements, bouleversements et déménagements m'ont un peu dérangé mes documents… Je m'y retrouve difficilement et le travail en souffre… Ce n'est pas comme notre ami Caïus-Gracchus Picolet, travailleur inébranlable, qu'un tremblement de terre ne dérangerait pas et qui, si la fin du monde survenait, ne poserait la plume qu'à l'appel de son nom dans la vallée de Josaphat, si encore il ne demandait pas au Père Éternel de le laisser emporter ses papiers et sa table de travail au Purgatoire, pour s'occuper pendant les quinze cent mille ans de gehenne qu'il aura certainement à y subir, s'il a le cœur de continuer, comme il le fait au milieu de nos terreurs, à colliger imperturbablement toute sorte de poésies rudes et barbares…

A tous alors sur le Pont de Compiengne

Soldiers Nobles dames et Francs bourgeois

Boñes gens, dict Jehanne, qu'il vous souviengne

Du Roy nostre Syre a qui devons Foy

Anglois, Bourguignons, jetons hors sur l'heure

Sus par vouges et Faucharts assaillons

c'est beau tems que Léopar maudict meure