Pour en revenir aux beaux-arts, les miniatures de Me Estienne le Blanc ont fait école aussi, et les artistes d'alors, se dégageant de l'imitation chinoise, ont créé le style japonais, si vivant et si spirituel, tourmenté peut-être et asiatique, mais avec quelque chose de mâle que ne possèdent pas les autres styles d'Asie, avec une pointe de gothique aisément reconnaissable.

Placez maintenant ces vénérables albums à côté des manuscrits d'Estienne le Blanc, et voyez la parenté entre les œuvres du miniaturiste français et les plus anciennes aquarelles japonaises. Évidemment les artistes japonais ont travaillé sous la direction du patient enlumineur, ou du moins ont eu sous les yeux ses travaux. Voyez: même perspective conventionnelle, même simplification des contours; ici et là, un modelé sommaire, les ombres à peu près supprimées. Ces principes de nos anciens enlumineurs de manuscrits, des bons du moins, l'art japonais les fera siens, et sous le pinceau de ses artistes, dans le grand épanouissement de l'art embellissant toutes choses là-bas, naîtront les albums merveilleux, les délicates aquarelles, les kakémonos étincelants qui jettent devant nos yeux en fête de si ravissants défilés de femmes, de si fraîches et si vivantes jonchées de fleurs, ou de si délicieux vols d'oiseaux dans des ciels roses de féerie d'extrême Orient.

Voici maintenant tout un lot de livres japonais, albums dessinés par de grands artistes, ou romans populaires consacrés aux aventures merveilleuses du quasi fabuleux seigneur venu des mers lointaines. Artistes et poètes ont à l'envi célébré sa gloire et ses hauts faits; c'est un de leurs thèmes favoris comme la fameuse histoire des quarante-sept Ronins. Nous avons là, traités par vingt artistes, entre autres épisodes, le secours aérien apporté par Coucy au castel assiégé d'Ogata, la première entrevue de Coucy avec la fille d'Ogata, et les prouesses de la terrible épée de l'étranger dans l'attaque du camp ennemi. Les mêmes faits ont été traités par Estienne le Blanc dans les illustrations de la chronique consacrée aux aventures de son maître; après lui, les premiers artistes du Nippon ont encore conservé aux vaillants aventuriers une apparence européenne, puis, peu à peu, le type est devenu purement japonais…»

III

«Êtes-vous édifié maintenant? me dit Me Larribe, pendant que Me Ogata Ritzou rangeait soigneusement les livres d'heures de son ancêtre européen, ses chartes, ses albums et papiers de famille.

—Complètement.

—Ai-je suffisamment établi le bien-fondé de ma thèse et les droits de mon ami Ritzou à relever, s'il y prétend, le nom et les armes des Coucy?

—Diable! N'allez-vous pas réclamer aussi le château, entré depuis si longtemps dans le domaine de l'État?

—Non, répondit très sérieusement Ritzou, je n'aime pas les procès,—pour moi du moins,—je ne suis pas venu en Europe pour réclamer le château de mes pères; j'ai des goûts simples, je gagne convenablement ma vie et l'on reviendra peut-être un jour sur la confiscation de mes biens au Japon… Mon véritable but en venant ici avec mon maître et ami Larribe, c'est…