—C'est?

—C'est de trouver un éditeur pour un roman de chevalerie franco-japonais consacré aux aventures de mon aïeul, roman qui paraîtrait en vers japonais à Yokohama et en prose française à Paris, avec une illustration dont je fournirais, vous le savez, facilement les éléments…

—Ne vous sauvez pas, dit Larribe, ce roman-poème est écrit, mais nous ne le lirons pas, vous en connaissez le résumé… Nous vous l'enverrons quand il paraîtra, enveloppé dans ma thèse… J'espère cependant que vous viendrez aux conférences que je me propose de faire sur l'histoire, l'art et les mœurs du Japon?

—Parbleu! Et vous ne retournerez pas au Japon?

—Non, je suis très suffisamment riche, j'ai rapporté de là-bas quelques petites rentes que j'ai l'intention de manger avec…

—Malheureux! avec de folles danseuses?

—Non, avec des bouquinistes! J'ai divorcé avec la jurisprudence. Mon cœur appartient désormais aux beaux-arts et mon âme à la littérature. Je suis un vieux garçon bien sage et bien rangé… Mais, si mon ami Ritzou y consent, j'ai des projets sur lui. Le descendant des Ogata de Fioko et des sires de Coucy, quel parti magnifique et séduisant! Des quartiers de noblesse en Europe et en Asie, de la noblesse à en revendre! Deux superbes collections d'aïeux comme pas une maison princière n'en peut montrer, deux races héroïques résumées en lui, les plus belles pages dans l'histoire de France et dans l'histoire du Japon! S'il y consent, je lui cherche une jolie petite Américaine un peu milliardaire, d'une race toute neuve, mais très dorée comme il y en a tant. Que je la rencontre et, bien vite, en faisant sonner nos titres, étinceler nos couronnes, avancer en deux corps d'armée nos ancêtres sous les bannières aux lions passants et aux aigles éployées des chevaliers de France et de Nippon, nous la séduisons, nous élevons ses millions jusqu'à nous, nous les épousons, et nous relevons le vieil écusson des Coucy!…

Et si l'État ne veut pas nous rendre de bonne grâce le donjon de nos pères, nous le lui achetons, parbleu,… en y mettant le prix, dans un de ces moments, qui ne sont pas rares, où les fonds sont bas dans le panier percé du budget.

—Amen. Et vive le sire de Fioko-Coucy!»