Pour régner sur un peuple, il faut le plus souvent passer sur des ruines. Pour étendre son empire sur les femmes, on doit marcher sans commisération sur bien des coeurs.—Les conquérants doivent fermer une oreille à la pitié et ouvrir l'autre à l'ambition, et les talons rouges ne se colorent que dans le sang qui jaillit des coeurs savamment piétinés.

Les délicats n'apprécient que les friandes en amour;—les gourmandes composent le lot des grossiers ou des porte-faix.

Après la possession d'une coquette qui nous a fait languir, c'est avec un raffinement de vengeance qu'on lui plonge dédaigneusement des Tu dans l'oreille.—Le tutoiement après la victoire, devient au gré du vainqueur, ou une apothéose de sensualité heureuse ou une flétrissure brutale et cruelle.

Selon Casanova, l'amour n'est qu'une curiosité plus ou moins vive, jointe au penchant que la nature a mis en nous de veiller à la conservation de l'espèce.—Cette définition, par ce païen charmant, est assez ingénieuse; mais voici celle plus complète qu'il donne du plaisir:

«Le plaisir est la jouissance actuelle des sens; c'est une satisfaction entière qu'on leur accorde dans tout ce qu'ils appètent, et, lorsque les sens épuisés veulent du repos, ou pour reprendre haleine, ou pour se refaire, le plaisir devient de l'imagination, elle se plaît à réfléchir au plaisir que sa tranquillité lui procure.—Or, le philosophe est celui qui ne se refuse aucun plaisir qui ne produit pas de peines plus grandes et qui sait s'en créer.»

Ceci est moins net et plus quintessencié, mais bien réel, lorsqu'on s'y retrouve.