Se laisser faire un petit doigt de cour: cette locution laisse rêveuse bien des jeunes filles au couvent. C'est le Digitus infamis de l'imagination.

Il n'y a que les amours cachées qui soient réelles! Les passions qui s'affichent ne sont que des vanités qui paradent. Un amoureux à tempérament entier dérobera sa maîtresse aux yeux de tout l'univers et la vue de son plus intime ami.—Le regard d'autrui souille le bonheur, et l'homme délicat confine ses amours à huis-clos, sans jamais promener son concubinage au dehors. La femme qui aime ne sent pas son internement, c'est au plaisir d'embellir la prison; la volupté a des horizons infinis à côté des sensations qu'elle procure aux heureux. Il n'y a que les petits cerveaux qui recherchent la compagnie; les tourterelles vivent isolées; les dindons ou les pintades meurent loin des basses-cours nombreuses, quand ils ne peuvent, par leurs ébats, provoquer l'attention des poules indolentes ou des coqs superbes.

Que de dindons dans le monde! que de pintades se montrent glorieusement accouplés dans l'orgie enrubannée des dimanches ou la houle des promenades élégantes!—pauvres bêtes!—pauvres gens!

Un anonyme du dernier siècle nous a légué ce trait charmant: «une prude a tant d'honneur qu'elle le laisse partout.» Est-ce assez spirituellement juste et merveilleusement trouvé!

Un célibataire qui se marie par ambition de fortune raisonne à contre sens. Un économiste a fait ce curieux calcul que dans le célibat les petits besoins augmentent et que les grands besoins diminuent; que dans le mariage, au contraire, les petits diminuent et les grands augmentent.

Donnerais-je des chiffres... cela ne convaincrait personne, sauf les convaincus.