La franchise et la vérité loyalement affichées étonnent les femmes qui ne comprennent rien à la droiture de conscience et lui préfèrent la rouerie d'une diplomatie méticuleuse. Un homme sincère et véridique est le plus grand des fourbes à leurs yeux. La vérité qui jaillit soudainement les éblouit et les écrase dans la mesquinerie de leurs petites trames mensongères. Qu'un amant, sur l'interrogation de sa maîtresse, réponde mâlement à celle-ci qu'il l'a trompée, il la verra tressaillir plutôt par la grande simplicité de la réponse que par la nature même de l'acte commis.—Le chacal qui ruse et qui biaise, ne conçoit pas le lion qui poitrine au danger.

De même que la crainte de rougir fait rougir les faibles; la préoccupation de témoigner sa virilité fait échouer un amant dans le plaisir des sens. C'est qu'en amour il faut plutôt oser que vouloir: la volonté use et concentre l'électricité cérébrale, l'audace fait jouer les fils conducteurs et regaillardit la verve corporelle. Un libertin ne s'expose que rarement à de cruels pas de clercs en pareille occurrence, il connaît l'art de lutiner une femme avec tant d'astuce qu'il se taquine lui-même par l'imaginative, en donnant à sa partenaire l'occasion de se débattre.—Dans le jeu de Vénus, on doit amuser l'ennemi et laisser le temps aux forces de réserves d'arriver toutes fraîches pour emporter la victoire, sans coup-férir. La tactique ne manque jamais aux vrais conquérants.

Un amour sérieux ne peut se transformer qu'en haine.—La haine a plus d'un travestissement; elle met des loups de velours, mais l'ardeur des yeux brille au travers.

Un homme parle.—Les mâles causent et s'écoutent.

Il y a des yeux de femme qui signent des promesses à courte échéance: les uns disent: pour ce soir, d'autres, pour demain; la plupart diraient bien: tout de suite, mais il faut du temps à l'amour pour digérer ses espérances.