SOMMAIRE.

Hydaspe retourne en Ethiopie. Description de l'île de Méroë. Préparatifs pour recevoir Hydaspe. Théagènes et Chariclée au pied des autels. Persine veut sauver Chariclée. Sisimithrès désapprouve les victimes humains. Chariclée se fait connoître. Discours d'Hydaspe au peuple. On l'empêche d'immoler Chariclée. Des ambassadeurs de différentes nations viennent féliciter Hydaspe. Théagènes terrasse un Athlète d'une taille gigantesque. Arrivée de Chariclès. Théagènes, sauvé, épouse Chariclée.


Nous terminerons ici ce qui regarde la ville de Syène. Nous avons vu quels dangers l'ont menacée; nous avons vu la magnanimité du héros Africain la tirer des extrémités où elle étoit réduite.

Hydaspe fit d'abord partir la plus grande partie de son armée, et il se mit ensuite lui-même en marche pour l'Ethiopie. Il fut reconduit fort loin au milieu des acclamations et des cris de joie des habitans de Syène et des Perses. Il côtoya le Nil. Arrivé aux cataractes, il immola des victimes au fleuve et aux dieux qui protègent les limites; il se détourna ensuite, et s'avança à travers les terres. A son arrivée à Philes, il fit reposer ses troupes pendant deux jours; il fit encore prendre les devants à la plus grande partie de son armée et aux prisonniers, s'arrêta à Philes, la fortifia, y établit une garnison et partit. Il choisit deux cavaliers, qui devoient le précéder, et qui, changeant de chevaux dans chaque ville et dans chaque village, devoient porter ses ordres avec la plus grande célérité. Il leur ordonna d'aller annoncer sa victoire à Méroë, de remettre aux sages une lettre conçue en ces termes: (on les appelle Gymnosophistes; ils sont les assesseur et les conseillers du roi, qui les consulte dans toutes les affaires de l'état.)

Le roi Hydaspe au sacré collège.

«Je vous annonce la victoire que j'ai remportée sur les Perses. Mais je ne m'énorgueillis pas de mon triomphe; je redoute trop l'inconstance de la fortune. J'ai toujours reconnu, et je reconnois aujourd'hui particulièrement la sagesse de vos conseils. Je vous invite, je vous prie même de vous assembler au lieu ordinaire; votre présence rendra plus auguste le sacrifice, que nous offrirons aux dieux en reconnoissance de cette victoire.»

Voici ce qu'il écrivit à Persine, son épouse.

«Nous sommes vainqueurs; et, ce qui vous touche le plus, je suis en bonne santé. Préparez une fête brillante, un sacrifice solennel, pour remercier les dieux de notre victoire. J'ai écrit aux sages; joignez vos invitations aux miennes; engagez-les à se trouver avec vous hors la ville, dans le champ consacré aux dieux protecteurs de l'Ethiopie, le Soleil, la Lune et Bacchus.»

Le voilà donc, dit Persine, à la lecture de cette lettre, le voilà ce songe qui m'est apparu cette nuit! Je me croyois enceinte; je devenois mère; je mettois au jour une fille devenue tout-à-coup belle et grande: les douleurs de l'enfantement n'étoient que les inquiétudes où me jetoit cette guerre: cette fille, que je mettois au monde, n'étoit que l'emblème de cette victoire. Allez, répandez dans la ville cette heureuse nouvelle.

Aussitôt des coureurs exécutent cet ordre. Couronnés de lotos, qui croît sur les rives du Nil, agitant dans leurs mains des branches de palmier, ils parcourent à cheval les principaux quartiers de la ville. Leur extérieur seul annonce la victoire. La joie se répand dans Méroë. Nuit et jour, ce ne sont que danses, jeux, sacrifices offerts aux dieux dans les maisons et dans les places publiques. On couronne les temples; l'alégresse est universelle, bien moins à cause de la victoire, que de la conservation d'Hydaspe, prince chéri de ses sujets, comme un père de ses enfans, pour sa justice, sa bonté et sa douceur.