[NOTES]

Quoi! des notes hérissées de grec et de latin à la suite d'un roman! L'auteur est sans doute quelque savant en us, qui se croit encore au quinzième siècle, où l'explication de quelques phrases latines et grecques, étoit regardée comme un prodige de science, et un brevet d'immortalité.—Je ne suis pas un savant en us. Je me croirois trop heureux de les valoir, ces savans, qui ont rendu tant de services aux lettres, et que notre reconnoissance aujourd'hui persiffle et tourne en ridicule si injustement. Le règne des philosophes du dix-huitième siècle entièrement anéanti, les épouvantables scènes qui ont signalé cette destruction, ne me permettent pas de douter que je ne suis au commencement du dix-neuvième.—Quelle est votre folie d'insérer dans votre traduction des notes qui peuvent devenir des notes de réprobation, et empêcher d'acheter votre ouvrage?—Dites-moi, ces notes vous empêcheront-elles de l'acheter?—Non; je supposerai qu'elles n'y sont pas; je me garderai bien d'y jeter les yeux.—Vous pensez donc que bien peu de personnes auront le bon esprit d'en faire autant que vous?—Enfin, pourquoi surcharger votre ouvrage de choses qu'on ne lira pas?—Je pense bien, comme vous, que la plus grande partie des lecteurs ne les regarderont pas, et c'est pour cela que je les ai rejetées à la fin du dernier volume. Mais, sur trente, n'y en eût-il qu'un qui les lût, c'est pour celui-là que je les ai mises; comme il m'est arrivé de contredire en plusieurs endroits la traduction latine et la traduction française qui est en vogue aujourd'hui, j'ai voulu mettre les pièces sous les yeux de quiconque voudra se constituer juge, et le mettre en état de prononcer avec connoissance de cause.


[Note 1]: A ces affreux monumens de la rage, etc. ἦν δὲ οῦ καθαροῦ πολεμοῦ τὰ φαινὸμενα σὺμβολα. Voici la traduction latine, qui ne me paroît pas rendre le sens du texte. Cœterùm non fuerant justi prælii notæ et indicia. Fuerant n'est point le tems qui convient ici, mais erant. τὰ φαινὸμενα, traduit par notæ ou par indicia, n'est point entendu. καθαροῦ ne peut pas vouloir dire justi. Je le crois employé ici dans le même sens que purus dans le vers 771 du douzième livre de l'Enéïde.

.... Puro ut possent concurrere campo.

Afin qu'ils pussent combattre dans un champ, où rien ne les embarrassât.

Dans le cinquième livre on lit cette phrase: ταχα δὲ ποῦ καὶ τἧς ἀνθρὼπου φυσέως ἀμιγὲς καὶ κἀθαρον τὸ χαῖρον οὐκ ἐπιδεχομὲνης. La nature de l'homme ne pouvant peut-être pas goûter un plaisir pur et sans mélange. Le traducteur latin rend bien ici κὰθαρον par meram; et je suis étonné qu'il ne l'ait pas entendu dans la première phrase; en voici le mot-à-mot: les choses que l'on voyait, n'étoient pas les signes d'une guerre seule, parce que les débris d'un festin y étoient mêlés.

[Note 2]: Tu vois ceci... S'il ne m'a pas servi, etc. εἱς δεῦρο ἤργησεν ὑπὸ ῆτς σῆς ἀναπνὼης ἐπεχὸμενον. Il a été jusqu'ici oisif, retenu par ton souffle. Cette expression m'a paru hasardée. Je n'ai pas cherché à rendre l'image qu'elle présente, parce qu'elle ne m'a point paru naturelle. Je ne conçois pas comment le souffle peut arrêter un poignard. On trouve dans Héliodore quelques autres passages qui paroissent recherchés. Tel m'a semblé encore le passage suivant.

[Note 3]: Prends pitié de ces cheveux blancs. φεῖσαι πολιῶν αἵ τὲ σὲ ἀνὲθρεψαν, Epargne ces cheveux blancs qui t'ont nourri. Je ne sais comment des cheveux peuvent nourrir. J'ai mis dans la phrase précédente l'idée que renferme celle-ci, parce que cette idée est belle, touchante, puisée dans la nature.

[Note 4]: A peine est-il au rivage, etc. οὒπω δὲ τῆς ἀποβαθρας ἀκριβῶς κειμὲνης, la planche pour descendre n'étant pas encore bien posée. J'ai cru devoir me contenter d'un à-peu-près, sans, m'attacher à la lettre, parce que je n'ai rien vu à peindre.

[Note 5]: Dont il s'étoit dégoûté, etc. ἐπειδὴ κυρτοὺμενην ἀυτῃ τὴν παρείαν ἐν τοῖς ἀυλημασιν εἶδς, καὶ πρὸς τὸ βιαίον τῶν φυσημὰτων ἀπρεπὲστερον ἐπὶ τὰς ῥινας ἁνισταμὲνην, τὸ τε ὄμμα πιμπραμενον καὶ τῆς ὀικείας ἒδρας εξωθούμενον. Lorsqu'il eut vu ses joues s'enfler en jouant de la lyre, s'élever hideusement vers son nez à force de souffler, et son œil enflammé, chassé de sa place ordinaire. Je n'ai pas cru devoir entrer dans le détail de la difformité d'Arsinoë. L'image ne m'a point paru assez gracieuse pour chercher à en rendre tous les traits avec une exactitude scrupuleuse.