[Note 6]: Vous paroîtrez moins demander, etc. καὶ ἐμοὶ δοκειτε, τοῖοιδε ὁντες, οὐκ άκόλους ἁλλ' ἄορας του καὶ λεβητας ἀιτησειν. Vous me paroissez, étant tels, devoir demander, non des morceaux de pain, mais des trépieds et des vases; ou bien comme ἄορας signifie encore femme, mais des femmes et des trépieds. Quelque signification que l'on donne à ἄορας, je crois qu'ici il désigne les récompenses que l'on donnoit aux vainqueurs dans les jeux.

On trouve dans l'Odyssée, livre P, vers 222:

ἀιτίζων ὰκόλους, ουκ ἄορας οὐδε λεβήτας.

Demandant des morceaux de pain et non des trépieds ni des vases, ou, non des femmes ni des vases.

On ne peut douter qu'Héliodore n'ait fait allusion au vers d'Homère. Dans Homère il est question d'un mendiant qui ne demande que des morceaux de pain, et ne pense guère à demander les prix des vainqueurs aux jeux publics. Ainsi le sens du vers d'Homère n'est pas équivoque; mais, dans Héliodore, que veut dire Cnémon? entend-il que Théagènes et Chariclée n'auront jamais l'air de mendians? que leur bonne mine, même sous les haillons de la misère et de l'indigence, les trahira, et qu'on verra bien que ce ne sont pas des morceaux de pain qu'ils demandent? Dans celte supposition, il faudroit, je crois, prendre ἄορας κὰ λεσητας pour une expression proverbiale, dont le sens seroit, qu'ils portent leurs vues plus haut. Il seroit possible encore que ces mots renfermassent une espèce de calembourg, une contre vérité, et que Cnémon voulût dire: on verra bien que des amans aussi beaux et aussi passionnés ne cherchent pas des femmes, et alors on donneroit à ἄορας la signification de femmes; mais ce sens ne me paroît point naturel: le traducteur anonyme, dont l'ouvrage a été réimprimé en l'an 4, et que j'ai sous les yeux, s'est tiré de toute espèce d'embarras, en ne traduisant point cet endroit, ainsi que plusieurs autres, comme je le ferai voir dans la suite de ces notes.

[Note 7]: La nuit approchoit. καὶ ουν μὲν ὠρα περὶ βούλυτον ἡδὴ. Le latin dit: et jam exequendi consilii tempus erat. Il étoit tems d'exécuter son dessein. Je ne sais comment le traducteur a expliqué le texte pour y trouver ce sens; mais il m'en présente un bien différent: voici mot-à-mot ce qu'il veut dire, selon moi: il étoit l'heure où l'on détache les bœufs de la charrue. Cette façon de parler se rencontre fréquemment dans Homère et dans les autres écrivains grecs.

[Note 8]: Si vous me voyez revêtu, etc. La phrase grecque est plus énergique, en ce que l'anthitèse est mieux marquée. δυστυχήματα το λαμ' προν μετοῦτο σχῆμα μετημφίασε. Mes malheurs m'ont revêtu de cette robe brillante. Il faut cependant convenir que cette pensée, et sur-tout la manière dont elle est exprimée, a quelque chose de recherché, et qui sent un peu le bel-esprit.

[Note 9]: Les Troyens n'en souffrirent, etc. Ιλίοθεν μὲ φέρεις, καὶ σμῆνος κακῶν, καὶ τὸν ἐκ τοῦτων βόμβόν ἀϖείρον επισέαυτον κινεῖε. Vous me rapportez de Troie. On peut expliquer ce passage autrement; mais le sens sera toujours le même, Les Grecs ne souffrirent pas plus en revenant de Troie. Les Grecs disoient ἱλίας κακῶν, pour dire des maux sans nombre. Le traducteur anonyme n'en dit pas un mot. Vous excitez contre vous un bourdonnement sans fin. Je crois qu'il faudroit mieux dire: ils retentiront long-tems à vos oreilles. J'aime d'autant mieux cette traduction, que le texte, par βόμβόν, me semble faire allusion au bourdonnement des abeilles, dont il a donne l'idée par le mot σμῆνος qui précède, et qui veut dire proprement un essaim d'abeilles.

[Note 10]: Ceci est un épisode, etc. ἐϖεισόδιον δὴτουτο οὐδὲν, φάσι, πρὸς τὸν Διονύσον ἐϖεισκυκλήσας. Vous avez introduit cet épisode, qui, comme on dit, n'a aucun, rapport à Bacchus.

[Note 11]: Il partoit de ses yeux, etc. La phrase grecque me paroît belle et remarquable; elle rappelle les chaînes d'or que les anciens donnoient à Mercure. ἀφυκτὸν τίνα καὶ ἀπρόσμαχον ἐταρίας σαγήνην ἐκ τῶν ὀφθαίλμων ἐπεσύρετο. Elle traînoit un filet de coquetterie, partant de ses yeux, auquel il étoit impossible de résister et d'échapper. J'aurois désiré pouvoir rendre cette métaphore; ne le pouvant pas, j'ai été obligé d'en substituer une autre.

[Note 12]: J'opposai long-tems, etc. ἐπὶ πολυ τε τοις σώματος ὀφθάλμοις τοὺς τῆς ψύχης ἀντιστήσας. Ayant opposé long-tems les yeux de l'ame aux yeux du corps. Antithèse qui m'a paru froide, puérile, de mauvais goût, que je n'ai cherché ni à rendre, ni à suppléer.