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CHAPITRE VII.

Comment le même duc prêta son assistance à Henri, roi des Francs, contre Constance sa mère.

LE roi Henri avait été associé à la royauté, du vivant de son père Robert, et bientôt après la mort de celui-ci, sa mère Constance le poursuivit si vivement de sa haine de marâtre, que les comtes conspirèrent contre lui. Constance faisant les plus grands efforts pour l’expulser du trône et pour mettre en sa place Robert son frère, duc des Bourguignons. Ayant pris l’avis des siens, Henri se réfugia auprès de Robert, duc des Normands, avec douze petits vassaux, et alla à Fécamp lui demander du secours, au nom de la fidélité qu’il lui devait. Le duc l’accueillit honorablement, le combla de présens, et bientôt après lui ayant fourni convenablement des chevaux et des armes, il l’adressa à son oncle paternel, Mauger, comte de Corbeil, mandant à celui-ci qu’il eût à attaquer dans son pays, par le fer et le feu, tous ceux qu’il saurait avoir renoncé à la fidélité envers le roi. De son côté, le duc établit de nombreux corps de chevaliers dans tous les châteaux soumis à sa domination et situés sur les frontières de la France, et livra aux rebelles des combats si violens et si fréquens, qu’enfin, courbant la tête et ayant perdu tout ce qui leur appartenait, ils se virent forcés de se réconcilier avec leur roi, en sorte que les projets de sa malheureuse mère furent entièrement déjoués.

[p. 144] A cette époque Robert, héritier du pouvoir et de la cruauté de Guillaume de Belesme, était depuis quelques années ennemi déclaré de ses voisins du Mans et de la Normandie. Ayant entrepris une expédition au delà de la Sarthe, il fut fait prisonnier par les gens du Mans, et retenu deux ans en captivité dans le château de Ballon. Au bout de ces deux ans, Guillaume, fils de Giroye, et d’autres seigneurs de Robert rassemblèrent une armée, allèrent offrir la bataille au comte du Mans, et l’ayant combattu avec vigueur, le mirent en fuite. Ils se saisirent en cette occasion de Gauthier de Sordains, illustre chevalier, et de deux de ses fils, braves chevaliers aussi; et, malgré l’opposition de Guillaume, ils attachèrent méchamment à une potence ce Gauthier, au milieu de ses deux fils. Les trois autres fils de Gauthier étaient alors à Ballon. A peine eurent-ils appris l’horrible mort de leur père et de leurs frères, que, violemment irrités, ils pénétrèrent de vive force dans la prison, et se jetant sur Robert de Belesme, ils le tuèrent misérablement à coups de hache et lui brisèrent la tête contre les murs de la prison. Robert étant mort, Guillaume Talvas, son frère, lui succéda dans les dignités de son père. Celui-ci se montra, par toutes sortes de crimes, plus mauvais encore que tous ses frères, et cette méchanceté sans bornes s’est perpétuée jusqu’à aujourd’hui dans les héritiers de son sang.


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CHAPITRE VIII.

Comment le duc Robert, ayant marché contre Alain, comte des Bretons, fonda le château de Carroc, sur les rives de la rivière du Coesnon.