CHAPITRE XI.

Que le roi eut de la reine Mathilde un fils nommé Guillaume, et une fille qui dans la suite des temps fut mariée à Henri, empereur des Romains.

OR Henri eut de la seconde Mathilde, reine des Anglais, sa femme, un fils nommé Guillaume, et une fille qui représentait sa mère, par son nom autant que par ses vertus. Henri, cinquième comme roi des Allemands, et quatrième comme empereur des Romains, demanda cette jeune fille en mariage, lorsqu’il avait à peine cinq ans. L’ayant obtenue, il envoya des députés illustres, évêques et comtes, qui la conduisirent dans son royaume, à la très-grande joie de ses père et mère, et l’ayant solennellement reçue, à la Pâque suivante, il se fiança avec elle à Utrecht. Après les fiançailles, et le jour de fête de saint Jacques, l’archevêque de Cologne la sacra comme reine à Mayence, assisté des autres évêques ses collègues, et de l’archevêque de Trèves, qui, durant la cérémonie, la tint respectueusement dans ses bras. Lorsqu’elle fut ainsi sacrée, l’empereur la fit élever avec grand soin jusqu’à l’âge où elle pourrait se marier, afin qu’elle apprît la langue et se format aux usages du pays des Teutons. Dans la suite de [p. 258] cette histoire, nous aurons occasion de parler plus amplement de cette très-noble impératrice.

Or le susdit Guillaume, fils du roi Henri, qui était né après sa sœur l’impératrice Mathilde, mais que nous avons nommé avant elle, par égard pour le sexe masculin, étant parvenu à l’âge de jeune homme, mourut d’une mort prématurée. Comme il passait de Normandie en Angleterre, son vaisseau se brisa sur un rocher, entre Barfleur et Winchester, en un passage dangereux que les habitans appellent Cataras, le ras de Catte [26], et le prince se noya dans la mer, avec beaucoup de grands de son père. Ce fut le seul événement qui obscurcit quelque peu la bonne fortune de cet excellent roi; dans toutes les autres circonstances, il fut toujours infiniment favorisé par elle. Ayant dit ces choses un peu par anticipation, reprenons maintenant la suite de notre récit.


CHAPITRE XII.

Comment le duc Robert, de retour de Jérusalem, passa en Angleterre pour enlever à son frère son royaume; et comment ils se réconcilièrent.

OR il ne s’était pas écoulé un long temps depuis que Henri avait pris le gouvernement du royaume des Anglais, lorsque son frère Robert revint de Jérusalem, et reprit possession du duché de Normandie qu’il avait engagé à son frère Guillaume sans payer [p. 259] aucune somme d’argent. Et cependant il avait à lui la somme même qu’il avait reçue de son frère, afin de pouvoir la rendre, s’il était nécessaire et si on la lui redemandait. Mais ayant appris que Henri son frère était devenu roi des Anglais, il s’indigna vivement contre lui, et le menaça beaucoup, à raison de l’audace qu’il avait eue de s’emparer de ce royaume. Il fit donc tous les préparatifs nécessaires pour son embarquement, et dès que tout fut prêt, il passa en Angleterre. Or le roi Henri, qui mettait toute sa confiance en Dieu, assembla aussitôt une grande armée d’Anglais, et marcha à la rencontre de Robert, se préparant à l’expulser du royaume d’Angleterre, lui et tous ceux qui étaient venus avec lui. Et, sans aucun doute, il y eût réussi, avec l’aide de Dieu, si son frère n’eût fait la paix avec lui, sous la condition que le roi lui donnerait, tous les ans et à jamais, quatre mille marcs d’argent. Toutefois le comte fit ensuite remise de cette même somme à la reine Mathilde, épouse de son frère. La bonne intelligence étant ainsi rétablie entre eux, le comte Robert demeura quelque temps en Angleterre, et après qu’il y eut séjourné autant que cela lui convint, il retourna en Normandie.