HENRI, roi des Saxons et empereur des Romains, donna le comté de Cambrai au susdit Robert, comte de Flandre; et celui-ci lui en fit hommage de fidélité. Or ce Robert eut deux fils, savoir, Robert et Philippe. Robert, surnommé le Hiérosolymitain, parce qu’il assista à la prise de Jérusalem par les Chrétiens, eut pour fils Baudouin, qui lui succéda. Ce même Baudouin étant mort des suites d’une blessure qu’il avait reçue en un certain combat auprès du château d’Eu, en Normandie, Charles, son cousin, lui succéda. [p. 269] Celui-ci fut tué par trahison, comme je l’ai déjà dit, et alors le comté de Flandre passa, ainsi que je l’ai raconté ci-dessus, à Guillaume, fils de Robert, duc de Normandie. Mais Guillaume ne vécut que peu de temps après cet événement, et fut blessé à mort en livrant assaut à un certain château. Il mourut le 27 juillet, l’an 1128 de l’Incarnation du Seigneur, et fut enseveli dans l’église de Saint-Bertin le Confesseur. Il eut pour successeur Thierri d’Alsace, parent des comtes précédens. Henri, roi des Anglais, lui donna en mariage la sœur de Geoffroi Martel, comte d’Anjou. Or Robert, duc de Normandie, et père du susdit Guillaume, mourut en Angleterre, à Bristol, château possédé par Robert comte de Glocester son neveu, à qui le roi Henri en avait donné la garde. Robert mourut le 10 février, l’an 1134 de l’Incarnation du Seigneur, et fut enseveli dans église de Saint-Pierre de Glocester. Ayant dit ces choses en anticipant un peu sur les temps, reprenons maintenant la suite de notre récit.


CHAPITRE XVII.

Mort de Philippe, roi des Français, qui eut pour successeur Louis, son fils. — De l’origine des comtes d’Evreux et de leur postérité.

VERS ce temps Philippe, roi des Français, sortit de la vie de ce monde, et Louis son fils lui succéda.

Guillaume, archevêque de Rouen, étant mort aussi, Geoffroi, doyen du Mans, obtint ce siége pontifical. [p. 270] Peu de temps s’était écoulé lorsque Guillaume, comte d’Evreux, mourut. Et puisque je viens de parler de cette ville, je veux dire en peu de mots quelle fut d’abord l’origine de ses comtes. Robert, fils de Richard I, duc de Normandie, et de plus archevêque de Rouen et comte de la ville d’Evreux, se maria comme tout autre laïque, et contre l’usage des ecclésiastiques, et eut deux fils, savoir, Richard, qui lui succéda dans son comté, et Raoul de Gacé. Or le comte Richard eut de la veuve de Roger du Ternois, lequel avait été tué dans un combat, un fils, Guillaume, celui dont j’ai parlé ci-dessus, et qui lui succéda, et une fille qui fut mariée à Simon de Montfort, et de qui naquirent Amaury et Berthe sa sœur. Avant d’épouser cette femme, Simon avait eu déjà deux autres femmes. De la première il avait eu son fils le premier né, également appelé Amaury, et une fille nommée Elisabeth. Cet Amaury ayant été tué, Raoul du Ternois... [29].


CHAPITRE XVIII.

Des querelles survenues entre le roi Henri et Amaury, comte de la ville d’Evreux.

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