C'est un brave homme, mais il boit! (Page 110.)
Mon ivrogne était parfaitement guéri; le docteur est ravi, et c'est la femme de mon ivrogne qui est heureuse! elle pleurait en me remerciant de ma bonne idée, et elle me disait: «Grâce à vous, monsieur Armand, mon mari ne nous laissera plus dans la misère, les enfants et moi, pour aller boire à son maudit cabaret.»
--Bravo! s'écrièrent les enfants: tu as fait là une chose excellente, Armand!
ARMAND.
A toi, Élisabeth, tu nous dois ton histoire.
ÉLISABETH.
Très-volontiers; la voici:
«J'ai eu pour partage de soigner une vieille femme paralysée des jambes; comme pour Armand, il n'y avait plus d'enfants pauvres ou affligés à me confier. J'ai donc été voir ma paralytique. Je trouve une femme furieuse d'être dans cet état, et très-aigrie par la souffrance: elle me tourne le dos en déclarant qu'elle ne me dirait pas un mot, qu'elle me défend de la toucher et même de l'approcher. Je lui parle, je veux lui faire entendre raison, peine perdue: je fais son ménage le mieux que je peux, et chaque jour, je reviens (j'étais avec Mlle Heiger, bien entendu!) la soigner de mon mieux; elle continuait à ne pas vouloir dire une parole, lorsqu'avant-hier, j'ai le malheur d'oublier sa défense, je veux l'aider à se soulever et je reçois un soufflet, oh mais! un soufflet en règle, Mlle Heiger a poussé un cri, mais je me suis hâtée de lui dire, en joignant les mains: «Pardonnez-lui, car elle doit être bien malheureuse pour maltraiter celle qui l'aime et l'aimera malgré elle.»
Alors la paralytique m'a tendu les bras sans rien dire, je me suis approchée avec joie de la pauvre femme repentante, et elle a embrassé ma joue toute rouge, ç'a été le signal de la paix: nous nous entendons très-bien maintenant!»