Maman a pu garder mon piano, je vais l'étudier très-sérieusement. Peut-être voudra-t-on, dans quelques maisons où me conduisait maman, me laisser donner des leçons de piano. J'ai très-bien enseigné la musique l'année dernière, tu te le rappelles, aux petites de Kerden, aux bains de mer. C'était pour m'amuser que je le faisais; maintenant, hélas, ce sera pour vivre!
ÉLISABETH.
Chut! pas d'hélas! le courage est toujours gai, et il est convenu que tu vas être courageuse. Maman avait bien prévu que tu songerais à t'occuper ainsi: elle me charge donc, 1° de mettre à ta disposition toute ma musique, cahiers et sonates (Irène veut remercier). Chut! Puis elle te demande, et je te supplie de nous accorder cela, de me donner des leçons de piano deux fois par semaine. Tes jours et tes heures seront les nôtres, tu me permettras de venir les prendre ici, afin de ne pas déranger ta mère. Pour le prix, il sera fixé, si tu le veux bien, à 5 francs par leçon.
IRÈNE, d'une voix entrecoupée.
Mon amie.... Élisabeth... cette bonté... cette délicatesse.... (Elle pleure.)
ÉLISABETH, riant et pleurant.
Chut donc, ma chérie, je ne veux plus qu'on pleure ici, moi! (Elles s'embrassent.)
ARMAND, gaiement.
A nous deux, Julien! que feras-tu, toi, quand tu auras fini de pleurer?
JULIEN, souriant à demi.