... Mais le monsieur continuait toujours sa besogne avec ardeur, tout en disant quelques mots en russe.

—A moi! Tueur, criait Philéas en se débattant de plus belle; délivrez-moi, de ce crampon qui me farcit les oreilles avec de la neige. Vous m'en rendrez raison, Monsieur; me lâcherez-vous; à la fin?

Un café était près de là. Polyphème y poussa son ami, y entraîna le passant; Sagababa, ne pouvant plus marcher, les suivit à quatre pattes et l'on s'expliqua à loisir.

Les oreilles de Philéas étaient en train de geler! Un passant charitable, voyant cela, avait rendu à Saindoux le service, très usité en Russie, de le guérir séance tenante, grâce à des frictions de neige sur les membres en danger.

Philéas, rasséréné, se fit longuement expliquer la nécessité d'agir avec promptitude et énergie. Il comprit alors qu'il y avait une vraie imprudence de sa part à ne pas se couvrir comme on doit le faire en pareille saison, avec un rude climat. Il remercia chaleureusement le «Sauveur de ses oreilles», comme il se plut à l'appeler, puis il entra promptement dans un magasin, s'y munit d'une pelisse, d'une casquette et de grandes bottes, le tout des mieux fourrés, et revint chez lui arec Polyphème. Ils avaient mis Sagababa entre eux deux, le petit nègre ayant eu la malencontreuse idée de mettre des bottes deux fois trop grandes et un manteau beaucoup trop long.

Au moment de rentrer, Philéas lâcha tout à coup Sagababa, se jeta sur une dame qui passait et lui frotta les joues à tour de bras avec de la neige...

—Ne bougez pas, ne bougez pas, c'est trista![21] lui criait-il en même temps.

Note 21:[ (retour) ] Pour sectritsa, ma petite soeur.

—Qu'est-ce que vous faites, mal appris! glapissait la dame en français, êtes-vous ivre?