M. de Marsy, les enfants et M. Noa se regardaient en souriant.

M. DE MARSY, incrédule.—Serait-il indiscret, Philéas, de demander à voir la lettre de Gérard?

PHILÉAS.—Certainement non, Monsieur le Vicomte; je vous l'apportais même aujourd'hui pour que vous voyiez comme il m'écrit des choses flatteuses.

Mme DE MARSY.—C'est donc à ce grand voyage que l'on doit attribuer vos préparatifs formidables, Philéas? M. de Marsy était fort surpris, il y a six semaines, de recevoir, pour vous les remettre, des notes de malles, fourrures, vêtements de voyage et d'une quantité de choses dont nous ne pouvions nous expliquer jusqu'à présent l'utilité.

PHILÉAS.—Oui, Madame; je me suis décidé à demander tout ce qu'il me faudra pour courir le monde; j'ai déjà dix-huit malles, sept sacs de nuit, neuf valises, une tente, deux bissacs et tout un attirail de peinture (car il faut vous dire que j'étudie la peinture maintenant, pour rapporter des vues coloriées de mes voyages)... Mais je me laisse aller à parler, et j'oublie ma lettre. La voici, Monsieur le Vicomte; vous pouvez la lire à madame votre épouse, ainsi qu'à ces demoiselles et à monsieur Paul; ça les intéressera, pour sûr!

M. DE MARSY, lisant.—«Monsieur et cher collègue, je me prépare à parcourir les cinq parties du monde; il me faut un compagnon, un seul! C'est vous dire que je vous choisis sans hésiter, car je connais de vous, grâce à notre ami commun, monsieur Pierrot, des prouesses qui vous ont gagné mon amitié enthousiaste! Le voyage se fera à mes frais. Je vous attends à Paris, rue des Mauvais-Garçons, hôtel du Paon magnifique; soyez-y dans quinze jours, au plus tard.

«Salut cordial et amitié fraternelle.

«Gérard, tueur.»

M. de Marsy hochait la tête en faisant cette lecture.