—Mon cher Saindoux, observa-t-il en rendant la lettre à l'ami, de Gérard, qui se frottait les mains; à votre place, je me méfierais de l'affection soudaine de ce Gérard. Soyez convaincu d'abord que ce n'est pas Jules Gérard, le célèbre tueur de lions; vous voyez, à l'appui de ce que je vous dis, que la lettre est signée «Gérard», tout simplement. De plus, il n'y a pas: «Tueur de lions», mais seulement «tueur». Tueur de quoi? on peut supposer que c'est tueur de lièvres et de perdrix. Enfin, comme dernière observation, c'est par M. Pierrot que vous avez fait connaissance avec ce prétendu Jules Gérard; or, cet homme qui vous en voulait depuis le feu d'artifice a été plus irrité encore contre vous par votre seconde plaisanterie, digne du premier avril.
PAUL, vivement.—Laquelle donc, papa? Je n'en avais pas entendu parler.
PHILÉAS, riant.—Ce n'est pourtant pas grand'chose, Monsieur le Vicomte; il n'y avait pas de quoi se fâcher et Pierrot n'y pense plus à l'heure qu'il est, je vous assure. Voici la farce que je lui ai faite, monsieur Paul. Je lui dis un jour: «Je fais des plantations importantes et je suis trop occupé pour aller à la ville; vous qui y allez, Pierrot, achetez-moi donc la nouvelle corde électrique à détourner le vent; c'est très important pour moi d'avoir ça pour protéger mes petits sapins.»
Tout le monde rit.
M. DE MARSY.—Eh bien! c'est pour cela qu'il veut sa revanche. Je vous le répète, à votre place je me méfierais.
JEANNE.—Et quelles bêtes allez-vous chasser, Philéas?
PHILÉAS.—En Europe, les chamois, les aigles et tout ce que nous trouverons. En Afrique, le lion...
M. DE MARSY.—Diantre! comme vous y allez, mon brave!
PHILÉAS, avec orgueil.—Ce n'est pas tout! le boa, l'éléphant, la panthère, le rhinocéros, les anthropophages et les orangs-outangs!...
M. DE MARSY.—Mais, malheureux! vous serez en morceaux à votre première chasse! Vous voulez affronter ces bêtes terribles, ces hommes féroces et surtout ces orangs, redoutés de tout le monde.