Le pauvre garçon ne pouvait en revenir! Il restait la bouche béante, les yeux écarquillés, regardant tour à tour sa malencontreuse chevelure, Polyphème qui se pinçait les lèvres pour ne pas rire et Sagababa qui tournait autour de lui comme autour d'une bête curieuse.

—Quelle catastrophe! gémit-il enfin d'un air piteux; c'est aussi laid qu'avant! Hein! Tueur, qu'en dites-vous? Que faire? vais-je me reraser et porter jusqu'à extinction ce misérable bonnet?

Polyphème se leva, alla examiner gravement la tête du pauvre Saindoux; puis, toujours sans parler, il prit une brosse et arrangea savamment la chevelure. Quand il eut terminé, il dit d'un air solennel:

—Cela ne peut pas rester ainsi!

Sagababa se frappa le front d'un air ravi au moment où Philéas allait recommencer ses doléances.

—Maître à moi se peindre avec du cirage! s'écria-t-il.

—Tiens, au fait! avec force cosmétique noir, je serais sauvé, dit Philéas avec joie; qu'en dites-vous, Tueur?

POLYPHÈME.—Il faut essayer, mon ami! essayer de tout, car cette nuance est impossible.

PHILÉAS.—Parbleu! oui, je le vois bien. Quelle horreur! Sagababa, monte dans la trique[23], mon garçon, cours à Moscou (nous n'en sommes pas bien éloignés, heureusement) et ramène-moi un coiffeur avec beaucoup de pommades, de cosmétiques et des poudres de toutes les couleurs.

Note 23:[ (retour) ] Pour troïque (traîneau).