Courir était toujours un bonheur pour le négrillon, mais aller faire cette course de confiance était un surcroît de félicité, aussi disparut-il comme un éclair.
Après son départ, le triste Philéas remit avec résignation son bonnet de soie noire et alla tâcher de se distraire par une excursion avec Polyphème. Ils allaient un peu au hasard et virent au loin après une assez longue marche un campement bizarre.
Au bord du chemin était une lourde charrette couverte; près de l'équipage se tenait un homme encore jeune, bizarrement vêtu, et dont la figure basanée était aussi rusée que spirituelle. Il salua poliment les jeunes gens qui causaient entre eux et leur dit:
—Sandis, Messieurs, né direz-vous pas quelqués mots bienveillants à un compatrioté? Bagasse! on aime à parler la langué dé sa patrie quand on voyage au loin.
—Ah! vous êtes Français, mon brave? s'écria Philéas, en s'approchant de lui.
—Certes! Monssu, et jé m'en fais gloiré, sandis! C'est uné grandé nation, cellé qui possédé Bordeaux, cetté vraie capitalé dé la Francé.
—Et qu'avez-vous là? demanda Polyphème en s'approchant de la charrette.
—En général, un peu dé tout, mais pas grand' chosé pour lé moment, Moussu, répondit le Bordelais. Quelqués singés dé bellé espècé, un ours dé premièré beauté, dé la parfumérie...
—Tiens! interrompit Philéas en dressant l'oreille, vous avez de la parfumerie, vous? vendez-m'en donc?