—Voyons, ne vous désolez pas, dit Polyphème que l'enthousiasme du Marseillais amusait beaucoup. J'en avais gardé une mèche, moi, de ces fameux cheveux. Les voulez-vous?

Le docteur faillit sauter au cou de Polyphème; il lui serra la main avec un vrai transport de joie.

—Si ze les veux! répondit-il. Ah! ser zeune homme! zénéreux, sarmant zeune homme... Z'accepte avec attendrissement! Quel cas pour la médecine! ser cousin, z'implore une nouvelle messe de ces beaux essantillons capillaires... Quel violet! c'est à en perdre la tête... Ze vous demande même la permission de vous suivre, zusqu'à la fin de cette transformation bizarre. Z'étudierai votre précieuse tête. Ze le dois à la science.

Philéas fit une grimace, mais Polyphème trouva l'idée excellente. Il avait déjà pu apprécier l'esprit et les ressources du docteur qui avait, sous des dehors excentriques, une vraie science et beaucoup de talent. Il pensa donc que ce serait une bonne fortune pour eux de l'attirer à leur suite et de le décider à entreprendre aussi les longs voyages que les jeunes gens méditaient de faire.

—Vous avez une excellente idée, cher docteur! s'écria-t-il. Je vous approuve chaleureusement. Venez avec nous. Vous aurez des découvertes merveilleuses à faire, là où nous comptons aller. Vous êtes des nôtres, c'est convenu!

—Et Narchiche, le pauvre Narchiche? murmura une voix triste derrière eux.

—Narchiche auchi, répondit Polyphème en riant, et en se retournant pour faire un cordial signe de tête à l'Auvergnat, qui se tenait timidement à la porte.

—En voilà, une collection! remarqua Philéas moitié riant, moitié grognant.

—Ce sera comme dans l'arche de Noé, répliqua Polyphème en éclatant de rire.

Philéas se fâcha en disant qu'il ne voulait pas être traité de bête. Polyphème protesta qu'il le classait parmi les fils du patriarche et tout s'apaisa.