Le bain fini, chacun se rhabilla et retourna à l'hôtel. Crakmort alla s'installer près des jeunes gens. On fournit au Bordelais l'occasion de partir vite et l'on s'occupa ensuite de s'approvisionner et de se renseigner pour les longs voyages projetés. Crakmort devint dès lors très utile. Il suggéra plusieurs précautions hygiéniques qui réconcilièrent avec lui Philéas, encore un peu rancuneux jusque-là.
CHAPITRE XXVIII
UN BAL MASQUÉ
Avant le départ, il fallait voir Tsarkoé-Sélo. Cette délicieuse résidence impériale, le Versailles de Pétersbourg, devait être visitée par les voyageurs auxquels avait été signalé cet endroit remarquable.
Les jeunes gens, le docteur, Sagababa et l'Auvergnat qu'on n'appelait plus que Narchiche, partirent donc et allèrent admirer toutes les beautés dont est plein le célèbre Tsarkoé-Sélo. Les jardins publics, la villa impériale, les belles habitations environnantes, tout y excita l'admiration des voyageurs. Dans leurs courses, Philéas entendit parler de bal pour le soir; il s'informa et il apprit qu'un marchand colossalement riche avait là d'immenses serres chaudes; elles avaient trois kilomètres de long et l'on pouvait s'y promener en voiture[24]. Au milieu de cette merveille, se trouvait un grand et admirable salon de réception à pans mobiles. On devait donner là un bal de charité et les serres allaient être allumées ad giorno. Philéas écoutait raconter tout cela bouche béante; il s'écria tout à coup:
—Je veux y aller, moi.
Note 24:[ (retour) ] Historique.
—Au fait! dit Polyphème, cela vaut la peine d'être vu. Qu'en dites-vous, Crakmort?
—Ze suis de votre avis, très ser; répondit le Marseillais. La difficulté, malheureusement, est d'être invités.
—Mais il n'y a qu'à payer! reprit vivement Philéas, puisqu'on dit que c'est un bal de souscription.