POLYPHÈME, secouant la tête.—Je crains que ce ne soit inutile. Ce n'est pas pour montrer Sagababa en spectacle que l'Anglais l'a volé. Il voulait l'avoir, m'a-t-il dit, pour le donner comme esclave à un original qui en voulait un à tout prix ces jours-ci, je ne sais pourquoi.
PHILÉAS, vivement.—N'importe! difficile ou non, il faut nous mettre à sa recherche. Courez à la police, cousin. Polyphème et moi nous allons aller aux informations.
Sans perdre une minute, chacun s'élança de côté et d'autre. Au moment où Philéas ouvrait la porte de l'hôtel, l'hôte vint à lui.
—Monsieur a-t-il vu Sam? demanda-t-il. Je le cherche depuis une demi-heure.
PHILÉAS, effaré.—J'ai bien autre chose à faire qu'à m'occuper de votre bouledogue, mon cher!
NARCISSE, tristement.—Il est perdu auchi, allez! il est avec le pauvre Chagababa...
POLYPHÈME, se retournant.—Que voulez-vous dire, Narcisse?
NARCISSE.—Je dis, Monchieur, que Cham, qui a pris Chagababa en amitié, était là quand l'Anglais l'a volé. Comme il était mugelé (parche qu'il venait de rentrer de cha promenade avec l'hôte), il n'a pas pu défendre chon ami, mais la brave bète ch'est élanchée à cha chuite et bien chûr, elle ne l'a pas quitté!
POLYPHÈME, avec joie.—C'est parfait. Alerte, Narcisse! ayez l'oeil au guet, avertissez-nous lorsque le chien reviendra; nous ne tarderons pas, grâce à lui, à retrouver Sagababa.
Au bout d'une heure, passée par Philéas à trépigner d'impatience, on vit le bouledogue revenir lentement. Il avait du sang sur ses poils et semblait souffrir.