On s'empressa autour de lui et l'on s'aperçut qu'il était blessé. Il avait reçu un coup de couteau qui n'avait pas pénétré profondément, grâce à son épaisse fourrure. On le pansa et Sam léchait la main de Crakmort qui, venant de rentrer, lui rendait ce service, tout en attachant sur lui son oeil doux et intelligent.

—Tout va bien! dit le Marseillais en soignant Sam; la police va venir, nous allons avoir trois hommes à notre disposition dans une heure.

—Nous n'en aurons peut-être pas besoin, remarqua Polyphème. Regardez ce que rapporte Sam. Il a réussi à se débarrasser à demi de sa muselière, le brave chien, et il a voulu lutter contre l'Anglais, car il tient dans sa gueule un pan du manteau qui emprisonnait Sagababa.

En ce moment un drochki[26] passait devant l'hôtel; il s'arrêta devant la porte ouverte et le cocher s'écria dans sa langue:

—Tiens! voilà le chien qui a si furieusement attaqué la personne que je conduisais tout à l'heure...

Note 26:[ (retour) ] Fiacre russe.

—Que voulez-vous dire? demanda vivement l'hôte en s'approchant de l'Isvochnik[27].

Note 27:[ (retour) ] Cocher.

Le cocher lui répondit qu'il avait amené devant l'hôtel un homme qui en était ressorti peu de temps après, portant un gros paquet dans ses bras. Il était suivi d'un chien...

—Et c'était celui-là, affirma l'Isvochnik. Quoique muselé, il sautait après l'inconnu et semblait vouloir l'attaquer... Celui-ci était rapidement monté en voiture et s'était fait reconduire à son logis, suivi par le chien qui voulait toujours lutter avec l'homme; ce dernier l'avait frappé et était entré chez lui.