Un rire étouffé répondit à Saindoux, qui continua en se frottant les mains:
—Je me dispose à installer Gelsomina dans ce poste important. Elle est, économe et surveillera ma propriété. Mais pour parler d'autre chose, je viens inviter la compagnie (que je m'honore de fréquenter) à une fête organisée par moi. J'ai rapporté de Paris un feu d'artifice magnifique de 150 francs 75 centimes. Je le ferai tirer demain soir à Castel-Saindoux, avec accompagnement de repas, jeux, orchestre choisi et danses variées. J'ai convié tout le pays à ces réjouissances. Je serais heureux et fier d'y voir aussi ces Messieurs et ces Dames!
Les exclamations de joie des enfants répondirent à Philéas. Les parents remercièrent le bon gros Saindoux, qui paraissait radieux.
Philéas alla préparer «ses réjouissances publiques » à Castel-Saindoux, et les enfants ravis attendirent avec impatience le moment d'aller admirer les prodigalités du fastueux Philéas.
Le lendemain tant désiré arriva enfin. Dès quatre heures du soir, les enfants assuraient que la nuit était venue et qu'il était temps de partir; mais les parents ne voulant pas, avec raison, arriver trop tôt et fatiguer inutilement les petits, ne consentirent pas au départ avant le dîner.
Arrivés à Castel-Saindoux, Paul et ses soeurs furent dans le ravissement.
Sur la pelouse était une grande table chargée de viandes, de pâtisseries, de cidre en bouteilles et même de Champagne; de vrai Champagne, cette fois![3] Philéas, entouré de ses musiciens et de nombreux amis, faisait honneur au repas, tandis que les gamins du village préparaient le feu d'artifice pour le soir. Un violon faisait danser les jeunes gens et de temps en temps des pétards et des coups de fusil complétaient les splendeurs de la fête.
Note 3:[ (retour) ] Voir Les Débuts du gros Philéas.
Quand Philéas vit arriver M. et Mme de Marsy et leurs enfants, il se précipita au-devant d'eux, en culbutant tous les convives.